13-11-2010
ALTER BRIDGE à Paris (la Maroquinerie) - 12•11•2010

Ça démarre par une longue file d'attente à une heure inhabituelle.
Certes, ALTER BRIDGE n'a eu aucun mal à faire salle comble en vendant les quelques centaines de places de la Maroquinerie, mais seuls les curieux qui se sont aventurés jusqu'à la porte d'entrée savent que la queue n'est pas encombrée de fans éplorés à la recherche d'un billet, mais le fait d'un "problème technique".
Il est 20h30 et les portes ne sont toujours pas ouvertes.
Inquiétude dans les rangs pendant une bonne demi-heure.

Victime collatérale : EVENLINE, formation française de première partie, qui se définit volontiers par instants comme un héritier de CREED ou NICKELBACK, et qui aura l'imagination d'offrir un mini-set acoustique sur le trottoir, devant l'entrée de la salle. On comprend la déception d'un groupe censé bénéficier d'une aussi belle vitrine que l'ouverture d'ALTER BRIDGE, mais il a su provoquer un happening plutôt que de rentrer frustré chez lui.
Pour la démarche et le capital sympathie, allez jeter une oreille sur son myspace.

Pénétrer dans la Maroquinerie, c'est bondir hors de Paris, avec cette étrange sensation de club intimiste comme on en rencontre loin de la capitale. Un sous-sol improbable de petite capacité qui suscite immédiatement une interrogation : pourquoi avoir booké un groupe d'une telle notoriété dans un espace aussi exigu, alors qu'il aurait indiscutablement fait salle comble au Bataclan, là où des sirupeux TRAIN, autrement plus mainstream, avaient péniblement (dans tous les sens du terme) rempli l'espace il y a quelques semaines ?
Sans avoir de réponse, remercions finalement chaleureusement l'organisation, car en termes de proximité et de communion, l'amateur ne s'en plaindra pas : il est aux premières loges et tant pis pour les absents.

© Christian Lamet
En quelques secondes, dans une salle plongée dans le noir, il se dégage à la clameur une certitude : il existe un phénomène Myles Kennedy. Conséquence de son exposition aux côtés de Slash ? Fruit d'une maturité en trois albums studio ? Sans nul doute, mais il y a plus encore : le bougre possède la gueule, l'attitude, le jeu, le charisme et la voix. Que l'on rencontre une ou deux fois par décennie. Chez un Chris Cornell, par exemple : le mélange de maîtrise musicale et de beauté naturelle. Bon, Myles, il en est conscient, il en joue avec des vas-y-que-je-te-jette-un-regard ou tenez-j'ai-la-bonne-pose-sortez-les-téléphones. Mais comment lui en vouloir ? Souriant, juste ce qu'il faut de fausse modestie, assez communicatif avec le public après quelques titres de mise en bouche, il comble personnellement ce soir l'attente que j'entretenais jusque-là depuis que je l'ai découvert dans THE MAYFIELD FOUR, sans jamais n'avoir pu le voir sur scène.
Même au delà, car les trois autres membres du groupe turbinent à l'américaine et assènent ce soir une vingtaine de titres avec une cohésion révélatrice de leur association de longue date, remontant à CREED.
Mark Tremonti est un guitariste de tout premier ordre. Envolées solo, rythmiques agressives, arpèges subtils, le garçon est souvent accompagné par la rythmique de Kennedy, mais s'octroie la part royale sur l'instrument. Brian Marshall est quasiment à ma hauteur de visage, à trois mètres à peine, compte tenu de la configuration de la salle. Je scrute attentivement son jeu : son efficacité et sa pertinence dans tous les registres n'ont d'égale que sa discrétion. Effacé, mais redoutable bassiste. Réfugié avec sa batterie derrière des panneaux en plexi pour atténuer le volume sonore dans une configuration aussi restreinte, Scott Phillips est un peu en punition. Dissimulé derrière ses camarades, j'aurais peine à vous dire qu'il est particulièrement remarquable mais, a contrario, le quartette est tellement soudé et les compositions si carrées, que prétendre qu'il a failli à sa tâche serait mentir.

© Christian Lamet
La ferveur du public est totale. Les vrais amateurs sont là. J'ai même deux Finlandais qui se sont disposés à ma gauche et à ma droite et qui me chantent les paroles par coeur, en stéréo, avec la puissance d'une Castafiore et une justesse surprenante. Et c'est parti : écoute bien, je te comble les parties à la tierce comme sur l'album. A moitié de parcours, gavé d'avoir deux concerts pour le prix d'un, les choristes dans le dos et le chanteur de face, je vais me réfugier à l'ombre d'un colosse de sécu, correct et peu concerné, totalement sonné par l'enceinte qui lui crache ses décibels depuis plus d'une heure.

© Christian Lamet
N'ayant pas envisagé l'outillage auditif de circonstance, l'accalmie magique de "Watch Over You", Myles seul à la guitare acoustique, est autant apprécié comme un temps de répit dans un déluge d'électricité.
Généreux, en définitive, ce concert qui n'aurait jamais dû avoir lieu et qui s'achève, en apothéose, sur l'excellent "Isolation" tiré de "ABIII", une petite "guitar battle" entre Myles (torse nu, pectoraux et tatouages en représentation) et Mark, durant laquelle aucun des deux ne se sera véritablement senti en danger, et le sublime "Rise Today", un des points culminants de l'album "Blackbird".

© Christian Lamet
ALTER BRIDGE, c'est un pont jeté des deux côtés des rives du metal. Balayant ses trois disques ("One Day Remains", "Blackbird" et "ABIII"), ALTER BRIDGE déploie toute l'étendue de sa palette sonore : de son post-grunge metal sombre à des instants totalement hystériques dans la rythmique, en passant par le répertoire mélodique accessible.
Démonstration en aura été faite ce soir sans aucune réserve ni bémol.

© Christian Lamet

© Christian Lamet
La set list : ici























































