BLACKFOOT, KING'S X... La semaine de tous les dangers

La semaine dernière a été de celles qui, hasard du calendrier, représentent pour certains d'entre nous un scénario idéal.
Deux concerts en deux jours, organisés par le même tourneur, l'un intra muros, l'autre à quelques dizaines de kilomètres de la capitale.

Blackfoot
Le premier, instant rare pour les amateurs de rock basiquement surnommé sudiste, a marqué le retour chez nous du légendaire BLACKFOOT, proche cousin de LYNYRD SKYNYRD dans la lignée de Jacksonville, mais aux sonorités totalement caractéristiques et différentes de ses pairs confédérés, du fait du métissage de ses fondateurs.

2011-04-13KingsX_2
Le second, autre moment privilégié offert par un groupe qui ne s'est produit en France qu'une seule fois auparavant en tête d'affiche, culte et unique, de par son répertoire, sa formation en trio et le talent individuel de ses membres.
KING'S X est aussi du sud des Etats-Unis, mais son ancrage texan n'a jamais rejailli dans sa musique, contrairement à un autre trio barbu.

Et puis cette ironie qui relie BLACKFOOT et KING'S X : ils ont vécu leur âge d'or commercial il y a respectivement 30 et 20 ans à la louche sur la même major, Atlantic Records.
Et les temps ont bien changé pour eux qui vivent à la frange de l'autroproduction.
Pour moi, ces deux soirées très différentes musicalement formaient un package en guise de récompense et je les ai donc abordées sans complexe avec une subjectivité totale, c'est à dire acquis d'avance, réceptif et plus que bienveillant.


Mardi soir : 22h15.
Je sors de la salle du New Morning alors que des miaulements dissonants d'un bottleneck hésitant émanent encore de l'intérieur.
Il paraît que c'est le solo de "Train Train"... Ah bon ?
Je croise deux gars qui errent dehors avec le même scepticisme.
Je me sens moins seul, car dans la salle, ce ne sont qu'exultation, applaudissements et encouragements bruyants.

Blackfoot, 2011 - © Céline Kopp - Hard Force
Mike Estes & Greg Walker

J'en viens à douter de mes capacités d'appréciation.
Je n'ai pourtant pas rêvé : posté à trois mètres du chanteur-guitariste Mike Estes, remplaçant de Bobby Barth qui lui-même succédait au gigantesque Rickey Medlocke, il ne m'a pas échappé que le garçon est totalement en dehors du coup depuis le début sur LA responsabilité qui lui incombe avec le chant et la rythmique : les solos de guitare.
Dans un groupe sudiste, une chose est sacrée : les chorus. C'est le symbole même de la tradition.
De mémoire de passionné, je n'ai jamais vu live un mauvais soliste dans une formation sudiste.
J'ai repéré des gloires vieillissantes qui mériteraient peut-être de lever le pied, mais jamais je n'ai été déçu en concert par ces authentiques duellistes.
Ayant exprimé à chaud sur Facebook mon désappointement, renforcé par les premières vidéos circulant sur YouTube et démontrant avec encore plus de cruauté que j'étais bien en deçà de la méchanceté, je me suis pris une volée de bois vert.
Crime de lèse-majesté pour certains, trahison et injustice pour d'autres, je suis depuis le faux-frère, celui qui dorénavant aura tué en quelques lignes le rock sudiste, ses musiciens méritants et le public fidèle.
Je ne me connaissais pas ce pouvoir et je pense, d'ailleurs, ne pas l'avoir.
J'ai un droit - c'est mon blog après tout ! - c'est de ne pas être consensuel pour arranger les initiés et préserver la chapelle en dépit du bon sens.

Blackfoot, 2011 - © Céline Kopp - Hard Force
Greg Walker

Blackfoot, 2011 - © Céline Kopp - Hard Force
Charlie Hargrett

Quand le bassiste vétéran Greg Walker et le guitariste Charlie Hargrett sont arrivés sur scène, je vais vous dire : j'avais le frisson.
Un flashback dans ma face, une émotion identique à celle que j'avais eue en 1982 à Baltard.
Et je le dis haut et fort : j'étais venu à l'époque pour BLACKFOOT, pas pour MAIDEN !
Comme ça, les choses sont claires.
Mardi dernier, les retrouvailles d'un "Good Morning" m'ont presque mis K.O. debout, mais c'est en observant, hypnotisé, Estes en train de ramer que mon sourire béat s'est transformé en grimace figée.
Un jeu de massacre.

Est-il dans un mauvais jour ? Un coup de jetlag dans le nez ?
Des courbatures ? Reçu une sale nouvelle ?
Alors, mes potes qui sont franchement remarquables de loyauté aveugle, m'écrivent :
"Christian, on était de l'autre côté de la scène, c'était formidable !"
Soit...
Ou encore : "Je viens d'avoir le concert complet en vidéo. Tu devais pas être du bon coté, car les solos de Charlie Hargrett sont incandescents pendant 1h15".
Je veux bien, mais depuis quand un groupe n'est bon que de l'oreille gauche ?
J'ai, moi aussi, des enregistrements face à Estes et ce ne serait pas glorieux de les diffuser pour ne pas démolir la réputation jusque-là excellente de BLACKFOOT et amoindrir les efforts des tourneurs européens à déplacer des POINT BLANK et autre MOLLY HATCHET. Je salue sans ironie aucune Greg et Charlie qui, pour moi, resteront des monuments d'un des styles musicaux que je chéris le plus et j'espère sincèrement que l'étape parisienne n'était qu'un rodage approximatif d'un gars qui n'a pas encore pris ses marques.

C'est donc épuisé de déception et la mort dans l'âme que je me suis envisagé KING'S X le lendemain.

Et si Pinnick était patraque ?

Ah, cette joie de découvrir la gare RER de Savigny-le-Temple, le soir.
Ça pourrait être drôle, mais sur un plan strictement pratique, je m'interroge encore sur le bon sens de la décentralisation.
Quand même ! KING'S X, c'est culte, mais pas au point de se priver d'une clientèle qui ne peut se déplacer en banlieue éloignée.
Bref...

J'entre donc dans l'Empreinte et là, subitement, il se passe quelque chose.
KLONE.
Le signe avant-coureur d'une soirée "à part".
Son répertoire, nourri sans complexe de citations d'ainés prestigieux - TOOL en tête - lévite totalement : superpositions d'ambiances à forte teneur alternativo-progressive, rigueur et mise en place, la recherche de la facilité n'est pas le credo de cette formation française.
On peut parler de révélation et l'exigence que le groupe s'impose le place en plein cœur de la scène internationale.
Chaudement recommandé s'il passe près de chez vous.

Klone, 2011 - © Céline Kopp - Hard Force Klone, 2011 - © Céline Kopp - Hard Force

Klone, 2011 - © Céline Kopp - Hard Force

La mise en bouche est succulente et raffinée.
Au tour du plat de résistance.
Pour ceux qui ont, comme moi, loupé toutes les prestations de KING'S X alors que le soutien est indéfectible (la toute première chronique française, c'était dans HARD FORCE), ce concert n'est pas symbolique.
Il est vital !

King's X, 2011 - © Céline Kopp - Hard Force
DUg Pinnick

Envolée la déception de la veille : la chaleur et le sourire sont les mêmes, la sincérité et la générosité également, mais la qualité de la prestation du trio est toute autre.
Je ne vais pas vous refaire l'article : DUg Pinnick, Ty Tabor et Jerry Gaskill sont des entités exceptionnelles qui, fusionnées, confèrent à ce groupe pourtant réduit une stature unique, une sonorité unique, une dimension unique.
Aucune comparaison possible.



King's X, 2011 - © Céline Kopp - Hard Force
Ty Tabor

Je me suis délecté du DVD live à Londres, je m'empiffre de ce live à Savigny-le-Temple... même si ça sonne moins glamour.
La set-list modifiée apportait un plus évident par rapport au document vidéo, ce qui n'est pas pour me déplaire, car l'ambiance, la ferveur du public, la densité du show sont rigoureusement les mêmes, sans effet de surprise particulier, dès l'intro de "Groove Machine", jusqu'aux rythmes syncopés de "We Were Born To Be Loved" et son gimmick final infernal en passant par le chant intégral de l'audience sur "Goldilox".
Reportez-vous donc à ma chronique du DVD sur ce blog, car je ne changerai pas la moindre ligne, en immersion.
Si, je soulignerai ce moment magique, presque improvisé, à la fin de "Summerland" où Ty nous transporte littéralement ailleurs.

King's X, 2011 - © Céline Kopp - Hard Force
Jerry Gaskill

Signe du temps présent : quelques minutes à peine après le concert, les trois musiciens sont déjà à leur stand, dédicacent, congratulent, embrassent et félicitent le public.
A cet exercice du service après-vente, les trois Américains sont tout autant doués qu'avec leurs instruments en main.
Etre culte, finalement, c'est un statut qui se mérite mais aussi un savoir-faire qui s'entretient.
Et au bout de tant d'années, KING'S X en est digne.
Plus que jamais !

"Live Love in London" KING'S X (Inside Out - Century Media)

King's X, Live Love in London DVD, Hard Force, Christian Lamet
KING'S X, l'unique.
KING'S X, le précurseur.
Le premier à se définir un genre propre en mélangeant des riffs lourds et des chœurs à la tierce, une voix soul, à défier les accordages classiques, méthode si répandue ensuite dans le grunge, le nu metal... 
KING'S X découvert en France pour la première fois dans les colonnes de HARD FORCE MAGAZINE, à une époque bénie où il sortait en moyenne un groupe original par semaine.

Un trio atypique qui évitait les clichés blues-rock, bien qu'originaire du Texas, ou ceux des power-trios qui garnissaient le heavy metal, sur les traces de MOTÖRHEAD.
Plus proche, dans ce cas, de l'esprit de RUSH pour le brio multi-fonctions, mais pas du répertoire.

Dire aujourd'hui que KING'S X n'a pas eu le succès qu'il méritait, c'est faux.
Il a eu toute la reconnaissance qu'il pouvait avoir, car son alliage metal-pop-progressif-hard-soul-blues ne pouvait, je pense, toucher un plus vaste public sans être contraint alors de se dénaturer. 
Et ses musiciens sont restés fidèles à leur première orientation, à peu de choses près.

KING'S X, je leur en veux à mort. Du genre à passer au New Morning à Paris en 2009, après des années et des années d'absence, pour la première fois en tête d'affiche (dites-moi si je me trompe)... et que je l'apprenne le lendemain ! J'ai mis quelques jours à m'en remettre ; mes amis Facebook s'en souviennent encore.

Alors Doug Pinnick - pardon, Dug, désormais -, Ty Tabor et Jerry Gaskill n'ont certainement pas pensé à moi en sortant ce beau coffret DVD/2CD, mais je les en remercie tout de même, car c'est la restitution on ne peut plus fidèle et immergée d'un concert.
"Welcome to the first church of rock 'n' roll !"
Sans fioritures, sans overdubs, avec toutes ses imperfections.
Après toutes ces années de concerts overdubbés, c'est vrai qu'on n'est plus tout à fait habitué. C'est un peu comme quand vous retournez dans les terres, en Bretagne, et que vous redécouvrez le VRAI goût du cidre fermier, celui dans lequel il y a autant à boire qu'à manger, le trouble qui frappe le crâne en traître, pas le brut industriel.



Difficile de savoir, d'ailleurs, si c'est pour une question de moyens (l'absence probable de réalisation en direct, d'abord, qui pêche singulièrement dans la fluidité, aucun crédit de réalisateur et, plus drôle encore, monté par une société spécialisée dans les films de mariage ! Si, si, je vous jure, je suis allé voir sur leur site).
En revanche, le sans filet est tout à l'honneur du groupe. Il y a des passages qui raclent, des notes qui traînent, des envolées solo à la lisière (pour ne pas dire borderline), des respirations naturelles qui servent le trio, le rendent vrai, sans artifice.

Quant à la musique...
Que dire de ce répertoire sur lequel je ne me sois déjà tant enthousiasmé ?
C'est tout le KING'S X qui nous a frappés dès les premières notes. Ce chant blanc/noir, ce numéro d'équilibriste de Ty Tabor en solo, la frappe de Jerry qui rappelle par instant de grands batteurs de jazz, peu démonstratifs mais incroyablement techniques, ce son de basse lourd qui prend aux tripes (jetez un coup d'oeil à sa 12 cordes)... Le titre d'ouverture, "Groove Machine" résume tout.
Vous serez à genoux devant les classiques ("Over My Head", "Black Flag", "It's Love", "Moanjam" que des individus s'égosilleront à réclamer comme certains le font par tradition avec "Freebird" dans les concerts de SKYNYRD), vous jubilerez sur le final syncopé qui n'en finit pas de "We Were Born to Be Loved", vous regretterez de ne pas avoir été au coeur (choeur ?) de l'Electric Ballroom de Londres en ce jour de janvier 2009 pour chanter l'intégralité de "Goldilox" à la place de Dug.

A deux reprises, Dug s'excuse auprès de son public de ne pouvoir lui jouer tous les morceaux qu'il pourrait vouloir entendre et que, promis, le groupe reviendrait pour ça.
Chiche !
Et prévenez-moi cette fois, les gars !
(Christian Lamet)

01. Groove Machine
02. Alright
03. Pleiades
04. Move
05. What Is This?
06. Lost In Germany
07. Black Flag
08. Pray
09. Dogman
10. Go Tell Somebody
11. Julie
12. Looking For Love
13. Summerland
14. Over My Head
15. It's Love
16. We Were Born To Be Loved
17. Goldilox
18. Visions
19. Moanjam
Bonus : Quelques scènes backstage, deux extraits "vintage" de la vidéo "Gretchen Goes to London" filmés à l'Astoria de Londres en 1990...
Les 2 CDs sont identiques à la vidéo (un peu dommage, ça...)

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