GLENN HUGHES : THE AUTOBIOGRAPHY

Bassistus emeritus au sein du Pourpre Profond Mark III et IV, Glenn Hughes n'a cessé de défrayer la chronique au cours des années 70 et 80. Pour les mauvaises raisons.

Alors que l'on assistait à sa longue déchéance physique (surpoids, barbe négligée, errances...), les magazines Rock ont sans relâche loué le talent de celui que l'on appelle simplement "The Voice of Rock", comme pour ainsi accentuer l'étendue du gâchis.

Rescapé de dix-sept années d'excès cokaïnés qui l'ont entrainé plus bas que terre, Glenn Hughes revit depuis le milieu des années 90, redevenant même depuis deux ans un incontournable du classic rock au sein de BLACK COUNTRY COMMUNION, où il excelle en compagnie de Joe Banamassa notamment.

Comme pour exorciser ses vieux démons, pour enfoncer le dernier clou sur le cercueil de son double maléfique, il publie une biographie dans laquelle il retrace sa carrière, ou plutôt son parcours et sa dépendance.

La personnalité publique de Glenn Hughes est exubérante. L'homme s'habille de couleurs flashy, porte moult bijoux, et s'exprime par une gestuelle qui ne fait pas vraiment dans la simplicité. Son livre est à cette image. Papier épais et glacé, mise en page moderne même si basique, il s'ouvre sur des photographies couleurs dont quelques-unes en pleine page donnant au personnage la démesure qu'il s'accorde.

Mais ce qui choque dans cette biographie, écrite avec l'aide du journaliste Joel McIver, c'est sa longueur....courte. 240 pages pour un personnage si emblématique qui a traversé quatre décennies révolues, qui a joué et connu le succès avec TRAPEZE, DEEP PURPLE, BLACK SABBATH, PAT THRALL, TONY IOMMI, BLACK COUNTRY COMMUNION, outre une carrière solo fournie.... 

Car ce livre n'est pas là pour nous enseigner les petits secrets de la grande histoire du rock. Glenn Hughes le dit à plusieurs reprises, cet ouvrage a une autre vocation : "Ce livre est là pour vous apprendre ce que c'est que de vivre avec une addiction" (pg 185).

Alors si cette bio commence gentiment et agréablement, Glenn nous racontant son enfance et ses premiers pas dans le milieu du rock, avec force anecdotes, on sombre vite avec les années Purple dans les travers de ce genre de livre, qui sont principalement au nombre de deux :

Tout d'abord le principal intéressé ne se souvient de rien à partir du moment où la cocaïne devient le moteur de sa vie, son alpha et son omega. Toutes les anecdotes tournent autour de la façon de se fournir, combien en consommer, où, avec qui, comment passer les douanes, la cacher, et dissimuler par la même le fait d'être devenu un junkie. A partir de 1976, on n'obtient alors de Glenn Hughes quasiment plus aucune information de nature musicale.

En second lieu, la narration ne peut alors prendre appui que sur des témoignages extérieurs. Cela donne des pages entières d'intervenants plus ou moins inspirés, amis intimes de Glenn, inconditionnels de sa personne, et dont les avis bien que parfois durs l'encensent régulièrement. On atteint par moments le comble de l'inintérêt total, comme lorsqu'au sujet d'une rixe survenue suite à une altercation dans un ascenseur dans lequel Hughes s'est retrouvé seul avec l'auteur des coups, Tony Iommi déclare : "Je n'étais pas là, mais apparemment Glenn a rencontré John Downing dans l'ascenceur et il s'est passé quelque chose. Je n'ai jamais su quoi." Intéressant témoignage s'il en est.... 

Alors bien sûr on retrouve la gratin des acteurs du monde interlope des années 70 et 80, avec lequel Glenn Hughes a partagé ses excès, qu'il s'agisse de stars de la musique, du cinéma, de la mode ou du sport. Mais Hughes n'en parle que pour ce qui a trait à la drogue et au sexe. Il faut attendre la page 232 (!) pour qu'il prenne la peine de se retourner sur sa carrière musicale. Il est alors bien tard, à huit pages de la fin.

Aujourd'hui sorti de ses excès, Glenn Hughes est plus créatif que jamais. Il se doit de l'être pour ne pas retomber, constamment se remettre en question et avancer. C'est notre chance, et la sienne aussi qui regrette de ne pas avoir pu composer dans les années de douleur avec sa clarté d'esprit actuelle. Sans ces addictions, DEEP PURPLE aurait peut-être eu une carrère plus longue, le projet HUGHES/THRALL aurait peut-être sorti ce deuxième album entamé, le projet signé avec GARY MOORE n'aurait pas été tué dans l'oeuf, BLACK SABBATH aurait connu une carrière autre, JOHN NORUM aurait continué à produire avec son idole, etc,..... Que de sources de regrets.

On retiendra de cette biographie le parcours d'un artiste longtemps "malade", d'un talent gaché, de l'isolement qu'il se sera lui-même créé,..... et de l'espoir qui peut malgré tout attendre au bout du chemin les plus détruits. 

Si seules les anecdotes rock vous intéressent, vous pouvez passer votre chemin.

(Jawbone Press - 2011)


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