15-06-2012
15•06•2012 : HELLFEST 2012 : JOUR 1 (Vendredi)
Assister à la journée du vendredi au Hellfest, c'est aussi plaisant que d'aller skier hors vacances scolaires. La prairie du Val-de-Moine est assez clairsemée, et si les festivaliers sont malgré tout présents en nombre, ils passent autant de temps devant les scènes qu'à apprivoiser le nouveau site qu'ils arpentent de long en large. Je joue donc au curieux et, profitant d'une météo somme toute clémente, je reste en plein air devant les mainstages.
LIZZY BORDEN (le groupe) a déjà entamé son show sur la MS1 (comprenez Mainstage One!), et Lizzy Borden (le chanteur) bénit dans la fosse les fans des premiers rangs dont il badigeonne les visages de (faux) sang. Musicalement, le groupe distille avec efficacité un hard rock très teinté 80's qui malheureusement accuse son âge. Passons sur le long solo de guitare, qui reprend « La Marseillaise » sans vraiment générer entre ces deux tours des législatives l’enthousiasme espéré, et parions que si Lizzie Andrew Borden avait été musicienne et pétrie de tant de talent, elle n'aurait jamais été acquittée le 20 juin 1893.... Pour leur défense, et cela vaudra pour bien d'autres groupes, il faut reconnaître que défendre en quarante minutes trente années de carrière n'est pas choses aisée. Mais passer quelques-unes de ces précieuses minutes à reprendre « la Marseillaise » ou Lady Gaga (« Edge of Glory »), à donner dans le solo de basse puis de guitare,...relève quand même du constat d'échec ! Le groupe a finalement joué trois morceaux entiers, puis l'intro d'un autre, et enfin l'outro d'un autre. Le résumé d'une vie ?
Le frisson qui me parcourt alors est-il lié à la réalisation que LIZZY BORDEN donnait peut-être là son dernier concert avant auto-désintégration et effacement définitif de l'inconscient collectif ? Où est-ce la faim ? Pour en avoir le cœur net, je me rends aux stands de restauration, et opte pour la couleur locale et les crêpes. L'occasion de poursuivre mes investigations sur la bonne humeur des personnes œuvrant pour faire de ce rassemblement une réussite. Je commande une galette jambon à une sympathique (tout du moins m'apparaissait-elle ainsi) bigoudenne (plus probablement antillaise, d'ailleurs), qui me dit avec le sourire : « que du jambon ? Vous voulez garder la ligne ? ». Ok.... sens de l'ironie des marchands ? Checked !
Le temps de déambuler en dégustant ce délicieux mets au prix prohibitif (avalé en trois bouchées pour 3,70 euros), de découvrir les étranges objets en vente sur les stands de nos collègues de la presse papier (Un bandana avec un.......toupet ?????), je me rapproche à nouveau de la MS1 que MOLLY HATCHET s'apprête à envahir. Et là je me dis : mais s'agit-il d'un après-midi à thème, le festival n'accueillant que des groupes ayant un nom en deux parties dont la première se termine par Y ? Et ça s'écrit comment d'ailleurs, UNY SONIC ????
MOLLY HATCHET, c'est un gros morceau. Bientôt quarante ans qu'ils flirtent avec le désastre. Des origines il ne reste que Dave Hlubek à l'une des trois guitares. Un gros morceau lui aussi. Le groupe sans cesse renouvelé défend toujours avec passion un rock sudiste, entretenant la flamme en interprétant les pépites que sont « Fall of the Peacemakers », « Justice », ou encore « Dreams I'll never see ». Si le sextet si rare en France fait le bonheur des fans de rock sudiste comblés en ce vendredi, on ne peut pas dire qu'il brille par son dynamisme. Les héros sont fatigués, poussifs, et on est loin des fameuses couvertures Frazettesques de leurs albums. Très académique et consensuel, MOLLY HATCHET se sauve par le bonheur qu'il donne à ses fans de pouvoir enfin les voir. Des fans qui, à l'instar des tribus gothiques, hard rock 80, glam,... osent aussi le mimétisme avec leurs idoles : grosse densité de fans au longs cheveux gris ! C'est pour ma part avec MOLLY HATCHET que je découvre le fil rouge de ce weekend pour les artistes : le chapeau haut de forme ! C'est le clavier qui s'y colle dans MOLLY HATCHET. Qui aura le droit de le conserver à l'issue de la journée ?
A croire que la programmation de la MS2 me passionne moins, je me mets en quête de retrouver quelques amis après le set des Floridiens. Ah les mystères de FB... je retrouve un excellent ami par le biais d'un autre, virtuel celui-la (jusqu'à ce jour tout du moins), qui me reconnaît errant dans la foule... Incroyable, je n'en reviens toujours pas. Et dans la foulée je retrouve mon frère (qui tente l'association bandana-toupet, sans succès). Le HELLFEST, c'est le festival de l'amitié ! On y retrouve ses amis, y compris virtuels, sa famille, on y fait de nouvelles connaissances,...sur fond de metal.
Une barquette de frites plus tard, UNISONIC s'annonce sur l'air de la « Chevauchée des Walkyries ». La MS1 fait à nouveau parler la poudre du passé, et de quelle manière (Il est bien évidemment ici question d'explosifs) ! Forte d'un excellent premier album, l'association Kiske / Hansen a un défi à relever : démontrer que l'alchimie des « Keepers of the seven keys » n'est pas morte. HELLOWEEN a du mouron à se faire, car la preuve en est faite dès qu'entre Hansen. Le groupe qui compte en son sein les deux teutons fait feu de tout bois. Hansen virevolte, Kiske intarissable vocalise à merveille... Sept extraits impeccables de leur unique album, deux titres d'HELLOWEEN (« March of Time » et « I Want Out »), suffisent à combler les fans, et démontrer qu'en 2012 le metal germanique peut apporter un vent de fraicheur et d'efficacité sans abuser des refrains dignes des fêtes de la bière. Une bien belle démonstration, malgré un vent tournant !
L'après-midi est dorénavant bien lancé, et le kaléidoscope metal prend son rythme de croisière. Alors que sous les tentes, les styles musicaux sont ordonnés (hardcore sous la war zone, sludge/stoner sous la valley, black et death sous l'Altar/temple), les mainstages assument leur éclectisme et réalisent avec bonheur le grand écart métallique.
HEAVEN SHALL BURN prolonge avec une efficacité redoutable sur la MS2 l'instant germanique dès la fin du show de UNISONIC. Encore un grand moment, plus orienté death mais de haute volée.
Par curiosité, je les laisse à leur besogne pour me rendre sous le chapiteau de l'Altar au moment où les bandits masqués de BRUJERIA dévalisent l'auditoire de son énergie ! Comme à leur habitude, les catcheurs mexicains retournent le public en seize titres survitaminés, ponctués de leur percutante version de la macarena, rebaptisée « Marijuana » ! Caramba !!!!
Autant dire que mon retour devant la MS1 pour assister au show de GOTTHARD ne se passe pas très bien. La présence scénique toute consensuelle de son nouveau chanteur, Nic Maeder, qui s'exprime dans un français parfait, est dénuée de toute étincelle. Le groupe très professionnel fait le boulot, mais sans plus.... Ce ne sont ni l'hommage à Steve Lee, ni la pataude reprise du « Hush » de DEEP PURPLE qui me sortiront de la torpeur dans laquelle je sombre à la vue de ce spectacle lénifiant. GOTTHARD rencontre toutefois un joli succès auprès des festivaliers, mais me pousse irrémédiablement à nouveau vers l'Altar/Temple, où débute le set des revenants de NASUM, exceptionnellement reformés pour leurs 20 ans.
Il était dit que la tragique histoire de ce groupe de grindcore suédois ne s'arrêterait pas avec la disparition de leur guitariste chanteur, Mieszko Talarczyk, décédé lors du tristement célèbre tsunami de 2004. Inactif, et pour cause, depuis lors, NASUM s'est reformé fin 2011 pour une ultime tournée d'adieu célébrant les 20 ans du groupe. Ceux qui se sont rassemblés sous cette tente pour fêter cet anniversaire ont eu du nez. L'ambiance est électrique, l'énergie palpable. En une heure, NASUM livre un show qui ne nourrit que des regrets. S'il fallait illustrer l'expression « partir en apothéose » dans le dictionnaire, une photo de ce concert y aurait sa place. Quelle baffe monumentale ! Apocalyptiquement grandiose.
Comme quoi se rendre sous les tentes peut être dangereux. Car la question qui se pose après chacun des sets qui s'y déroulent est la même. Après ce déferlement de riffs, comment enchainer avec LYNYRD SKYNYRD ?
Eh bien facilement en fait. Même si là aussi le groupe a été renouvelé à 90 % depuis ses origines, il est intemporel, grâce à un répertoire mythique interprété avec une grande implication par des musiciens talentueux. Impossible de résister à « Workin' for MCA », « Simple Man », « Sweet home Alabama », ou encore l'imparable « Freebird » et son interminable solo final, ce titre qui contrairement à la croyance populaire n'a pas inspiré Pierre Perret pour « la cage aux oiseaux ». Le public conquis d'avance en prend plein les mirettes, et, petit plaisir personnel, il est toujours agréable de voir et entendre Ricky « Blackfoot » Medlocke à l'oeuvre.
Décidément, la programmation très éclectique de ce vendredi est une réussite, offrant aux indécrottables de la prairie, aux réfractaires aux tentes, une vision extra-large de ce que le metal dans son sens le plus ouvert peut offrir. Et ce n'est pas fini.
Ce sont les américains de DROPKICK MURPHYS qui montent ensuite sur la MS2 et déversent leur celtico-punko-folko-hardcore sur une foule en délire qui répond au quart de tour à ces mélodies festives et entrainantes jusqu'à 23 heures, entrainant la prairie dans la nuit. A moins d'adhérer complètement et physiquement à cette folie contagieuse, il faut quand même reconnaître que vu de loin, tout cela paraît bien répétitif et basique. Personnellement, j'en chope un mal de crâne et commence à bailler et sentir mes jambes... Cela fait déjà dix heures que je suis sur place, et j'en viens à me demander si je pourrai apprécier pleinement les deux gros shows à venir. Une version brute et à côté de la plaque du « T.N.T. » d'AC/DC finit de m'achever. Sans renier à DROPKICK MURPHYS le droit de participer à un tel festival, leur présence à 22 heures sur l'une des deux scènes principales m'interpelle quand même....
Après une crêpe et une petite tisane, je m'installe devant la MS1 pour assister au concert de MEGADETH. Toujours un peu fatigué pour avoir décroché pendant le show des DROPKICK MURPHYS, et inquiet car je dois avouer que je ne suis pas grand fan de la bande à Mustaine. Sans raison particulière. Disons que je suis passé à côté et qu'à chaque fois que j'ai tenté de m'y mettre, la voix de Dave m'a rebuté. Je n'attends donc pas grand chose de l'heure et demie à venir. Mais c'est bien souvent dans ces cas là que l'on a une révélation, non ?
Je dois avouer que, malgré un son tournant particulièrement pénible, je passe un excellent moment. Dave Mustaine me surprend au chant, faisant sa meilleure imitation d'Alice Cooper. Et puis, ce thrash mâtiné de passages plus « pop-rock » n'est finalement pas pour me déplaire. Mais je pense surtout que la conviction des personnes qui m'entourent à ce moment précis finit d'emporter mon adhésion. Cerné par Rurik « Fugu dal Bronx (tm) » Sallé, Arno « Carnival in coal (tm) » Strobl, et Laurent « Alliance Funéraire (tm) » Lambert, je passe mon temps entre les « C'est énorme !!!!!! », les « Ohhhhhhh !!!!! », et les paroles reprises en choeur !!!! J'ai beau avoir une résistance et un sens critique à toute épreuve, je suis seulement humain. Leur passion est diablement contagieuse. Me voilà tout revigoré et prêt à affronter le diable en personne. Ca tombe bien. Exit Diamond Dave (tous les Dave s'appellent Diamond), enter.... KING DIAMOND !
Alors que la pluie s'installe durablement sur le HELLFEST, KING DIAMOND illumine la MS2. Après un triple pontage cardiaque en 2010, il fait son grand retour cette année avec deux concerts, l'un au Sweden Rock Festival, et l'autre au HELLFEST. C'est donc un revenant qui foule la scène, un revenant qui a annulé sa conférence de presse de l'après-midi pour préserver la voix qui l'aurait fui.... KING DIAMOND, c'est « Au théatre ce soir » metal. Show grandiloquent, décors élaborés, figurants,.... Des grilles de cimetière sont érigées devant la scène, deux grands escaliers l'entourent,... KING DIAMOND livre un show intense (même si un solo de batterie dont on ne saura s'il est improvisé sème le trouble dès le deuxième titre), et sa voix si caractéristique, naviguant entre le falsetto et le grave, surprend toujours autant. Il faut bien un premier titre pour s'y faire et entrer complètement dans son monde. A la différence d'un Alice Cooper, dont les prestations scéniques sont tout aussi théâtrales, le monde de KING DIAMOND est beaucoup plus homogène. Zombies, vieille femme, somnambules, araignées humaines,.... notre démon affronte toutes sortes de créatures et creuse son trou (au sens propre comme au figuré). Loin d'en faire un spectacle has-been, il est agréable de voir des goules « in » sous la pluie. Avec l'appui d'une choriste qui le soutient dans les aiguës, il délivre un metal sans concession qui nous ramène aux grandes heures de MERCYFUL FATE (« Come to the Sabbath ») et de sa carrière solo (dont on retiendra deux rappels exceptionnels enchainant « The family Ghost », « Halloween » et « Black Horsemen »).
Cette première journée débutée avec les accords chrétiens de BETRAYING THE MARTYRS s'achève donc en beauté sous des hymnes infernaux. Il est un peu plus de deux heures, la pluie tombe toujours. KING DIAMOND conserve haut la main le chapeau haut de forme fil rouge de la journée conquis de mains de Maître. Alors que la foule quitte le site, elle se fait haranguer en passant devant la MS1 par une équipe de tournage à l’œuvre en mal de figurants. Julien Doré et son groupe de death-metal (on parle de cinéma hein!) vont tourner quelques scènes pour un long métrage. Pour ma part, il me reste plus de trente minutes de marche avant de retrouver le parking.... Demain, la journée sera metal US !

































































