Grand Magus @ Paris (Divan du Monde ) - 10.01.2012 [Live-report]


          


Après la période des fêtes de fin d'année, les excès en tout genre qu'elle peut occasionner et les bonnes résolutions qu'on a vite fait d'oublier, la seule chose manquant à l'appel est une bonne dose de concerts. Si 2012 s'annonce déjà comme une année presque prophétique (n'y voyez aucune référence à nos amis Mayas), encore fallait-il l'inaugurer d'un bon coup de pied. Et niveau force de frappe, cette venue de GRAND MAGUS accompagné d'autres fauteurs de troubles résolument Heavy pourrait bien botter quelques paires de fesses au passage.


Encore faudrait-il que le public se soit déplacé un peu plus massivement. Si l'heure précoce de début des hostilités ne permet pas à tout le monde de se présenter pour l'ouverture des portes, il n'empêche que le Divan du Monde reste relativement propice à l'écho lorsque les Hollandais de VANDERBUYST entrent en piste. Néanmoins, ces derniers sont loin d'en faire tout un plat. Bien plus qu'échauffés, gigotants dans tous les sens, les trois compères parviennent rapidement à meubler l'espace scénique qui leur est alloué, maltraitant parfois leurs instruments à la limite du déchaînement schizophrénique. Willem Verbuyst (guitare) se montre d'ailleurs particulièrement intraitable à ce niveau là : aussi excité qu'une puce en rut, c'est à peine s'il semble capable de rester immobile plus d'une seconde entière. 

VANDERBUYST 2012 © Leonor Ananké
VANDERBUYST 2012 © Leonor Ananké























Mais malgré cette énergie débordante et  communicative, les trois musiciens délivrent une prestation quelque part incomplète, souvent trop frénétique dans son interprétation. Jochem Jonkman, tiraillé entre chant et basse, laisse encore quelques vides au sein des compositions, ce qui se traduit sur scène par un certain manque d'étoffe et de complexité, mais quelque part assimilable à la signature de la formation ; il en faut bien pour tous les goûts. Globalement, les deux albums de la formation reçoivent l'accueil enjoué d'un public souvent connaisseur, ce qui a pour conséquence de rendre encore plus dynamique la prestation de Jochem et Willem qui se donnent véritablement corps et âme à leur audience. VANDERBUYST inaugure donc la soirée avec bonne humeur et prestance sans remettre toutefois en cause sa petite place sur l'affiche.

VANDERBUYST 2012 © Leonor Ananké


Dans la catégorie apéritif survitaminé, SKULL FIST n'est pas non plus à plaindre. Débarquant accoutrés tels des icônes des années 80, le décor est posé par les 4 gaillards, l'ambiance également. Si SKULL FIST propose lui aussi un Heavy pêchu qui ne se prend pas au sérieux, la qualité monte en intensité. L'image old-school que cherche à donner la jeune formation se traduit également dans sa musique, crade sur les bords, au chant souvent poussif, presque trop, mais en revanche sacrément efficace. La salle se retrouve donc rapidement, voire instantanément séduite par le charisme d'un groupe qui maîtrisevisiblement l'art de se mettre en scène, de l'accoutrement aux poses adoptées en passant par une attitude décomplexée avec des musiciens qui cherchent à en mettre plein la vue et les oreilles.

SKULL FIST 2012 © Leonor Ananké
SKULL FIST 2012 © Leonor Ananké

Les Canadiens ne comptant encore qu'un album studio à leur actif, la majorité des compositions sont donc extraites de ce récent « Head of the Pack » (sorti l'été dernier) bien que l'on retrouve tout de même quelques uns des titres figurant sur leur premier EP, comme la reprise de Tokyo Blade, « Attack Attack » qui n'aura pas manqué d'ouvrir le set de SKULL FIST avec panache. Le visuel et l'auditif se marient donc avec légèreté et ambition, et l'image finale des deux guitaristes nous offrant littéralement un final périlleux et aérien à la guitare achève de convaincre une audience qui ne doutait déjà plus beaucoup du talent des quatre compères. Une belle réussite.

SKULL FIST 2012 © Leonor Ananké



Ayant patienté langoureusement dans les coulisses, la Suède peut maintenant prendre possession du Divan du Monde dont l'invasion ne sera pas barbare pour autant. Comprenez plutôt justaucorps, perfectos et auto-dérision en compagnie de STEELWING qui nous réserve un show dans la droite lignée du précédent : festif et efficace. Avec un nouvel album tout juste sorti quelques jours auparavant, « Zone of Alienation », la formation est bien là pour ne laisser personne passer à côté de l'événement. Gyrophares, tenue policière revisitée par son leader et panneau à l'effigie du nouvel album, Steelwing a sorti ses griffes (vernies bien sûr) et donne de son meilleur. 

STEELWING 2012 © Leonor Ananké
STEELWING 2012 © Leonor Ananké


Niveau voix, Riley n'a pas peur de pousser la chansonnette à des hauteurs dépassant nos attentes, toujours surplombé par les chœurs plus masculins et graves de ses compères musiciens. Bénéficiant d'un batteur à la rythmique implacable dont le style se rapproche parfois d'un punchy Power Metal assimilable à Helloween ou Hammerfall, STEELWING place la barre sensiblement plus haut. Et même si le résultat est davantage distant, l'attitude du groupe, elle, reste spontanée, les musiciens font participer leur public tout au long de la performance sans pour autant oublier de se lancer dans de langoureux soli, toujours inscrits dans la veine des années 80, pour le plus grand bonheur d'un public décidément bien choyé ce soir.


STEELWING 2012 © Leonor Ananké
STEELWING 2012 © Leonor Ananké
         
Afin de poursuivre cette montée en puissance régulière, il fallait bien un autre groupe suédois l'humour indéniable et au cynisme délicieux. Les dénommés BULLET excellent en la matière par leur Heavy pêchu qui n'est pas sans rappeler leurs ancêtres d'AC/DC ou les jeunes australiens d'Airbourne. Le groupe en a déjà plus dans les rotules que les premières parties précédentes et possède cette capacité de pondre de véritables petits tubes en soi que l'on reprend tout naturellement dès la première écoute, ce qui se révèle être d'une aide considérable lorsqu'il s'agit de les jouer en live.

BULLET 2012 © Leonor Ananké

BULLET 2012 © Leonor Ananké
BULLET 2012 © Leonor Ananké

C'est donc avec assurance que la petite troupe débarque sur scène et se laisse mener par un Dag Hell Hofer aux mimiques impérissables, qui manipule presque l'audience avec ses sourires sardoniques ou son expression faussement bougonne. Mais l'intérêt de la prestation ne s'arrête pas aux expressions d'un chanteur qui cela dit, possède également un engin vocal impressionnant ; les quatre autres musiciens savent également assurer dignement le show, tels des guitar hero qui assument parfaitement le génie qu'on leur attribue. Les titres s'enchaînent alors avec naturel, une bonne partie du public se prête au jeu du chœur ambulant, et cela en particulier sur les deux derniers tubes du set, les bien nommés « Stay Wild » et « Bite the Bullet » qui remportent succès franc et massif et achèvent dignement une prestation exemplaire.

BULLET 2012 © Leonor Ananké



 Après un changement de plateau qui aura fait suer les deux techniciens chargés d'installer le drapeau du groupe, GRAND MAGUS peut enfin débuter son set dans une ambiance qui s'est sensiblement calmée en quelques minutes. Loin de l'humour et du second degré des formations précédentes, GRAND MAGUS en impose dès son entrée sur scène, JB en frontman expérimenté dont l'aura dégage cette classe discrète mais assurée. Sans pour autant éclipser ses deux compères à la basse et à la batterie, JB mène largement la danse d'une manière à la fois sérieuse et décontractée, visiblement heureux de reprendre la route et de jouer ce soir devant ce qu'il aime appeler ses « lovely French people».

GRAND MAGUS 2012 © Leonor Ananké

Malheureusement pour lui, tout n'est pas au beau fixe d'un point de vue technique et les quelques grimaces qui viennent troubler les traits d'ordinaire imperturbables de son visage témoignent des problèmes qu'il rencontre avec sa guitare et ses pédales d'effets. Pour autant, le son de GRAND MAGUS reste d'une qualité exceptionnelle, propre, concis et nuancé à l'image du style pratiqué, un heavy doom tout ce qu'il y a de plus nordique. Non content de continuer à promouvoir le dernier album de la formation, « Hammer of the North » (dont il dédicacera très malicieusement le titre éponyme aux « beautiful girls » qu'il a repéré dans l'audience), JB a également choisi d'interpréter des morceaux plus anciens, remontant jusqu'à l'album « Monument » pour nous offrir un magnifique « Ulvaskall (vargr) » qui n'a pas pris une ride. 

GRAND MAGUS 2012 © Leonor Ananké
GRAND MAGUS 2012 © Leonor Ananké


L'audience se régale visiblement, ce qui a pour effet immédiat et durable de rendre les trois musiciens beaucoup plus communicatifs, profitant de leur côté également du spectacle qui leur est offert, celui d'une salle pas si fournie que ça qui reprend puissamment en chœur certains refrains. Malgré un set qui ne s'étire pas dans la longueur, GRAND MAGUS arrive à transmettre puissamment sa musique à la totalité des fans présents ce soir pour terminer en beauté le spectacle sur « Iron Will » avant de saluer un public qui aura également su rendre la soirée agréable.

GRAND MAGUS 2012 © Leonor Ananké

Cette nouvelle soirée Rock The Nation dont le principe reste tout de même de se faire succéder un certain nombre de groupes différents le temps d'une petite soirée est parvenue, une fois de plus, à faire coexister les différentes formations avec un certain naturel. Grand Magus n'a de son côté absolument pas abusé de son statut de tête d'affiche en clôturant cette première grosse date de l'année avec une classe et un savoir-faire de haute volée. Bonne année à tous et à toutes !


Remerciements à Fred de Garmonbozia.  

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