Wes Borland (BLACK LIGHT BURNS, LIMP BIZKIT) • Portrait(s)



De passage à Paris avec BLACK LIGHT BURNS, le 9 février 2013, Wes Borland reçoit l’équipe de METAL XS et HARD FORCE dans sa loge, au Divan du Monde, quelques heures avant de monter sur scène (retrouvez l'essentiel de son interview dans METAL XS  S01E10 en cliquant ici). Il est très légèrement tendu, mais émanent de lui une très grande courtoisie et même une profonde gentillesse. Il n’aura pas le temps de profiter de Paris cette fois, mais il connaît déjà un peu la ville, où il a passé des vacances avec sa femme (désolé, les filles…). Voilà pour le « small talk », histoire de briser un peu la glace.

La première question de l’entretien porte sur les origines de BLACK LIGHT BURNS et Wes Borland, au détour de ses explications,  se trouve contraint de rappeler timidement qu’il est aussi le guitariste d’un groupe un tout petit peu plus connu, LIMP BIZKIT… Sourires – ça n’avait échappé à personne et LIMP BIZKIT, qu’on apprécie ce groupe ou pas, a certainement marqué l’histoire du Metal, au moins dans la seconde moitié des années 90. BLB est donc pour lui une sorte d’exutoire, qui lui permet d’explorer ses songes, ses visions, ses fantasmes et ses contradictions.



Au cours de l’entretien, en effet, tour à tour, Wes Borland se paraphrase, se reprend ou se contredit : en permanence traversé par le doute, il ne cherche jamais à dissimuler sa vulnérabilité. Au contraire, il revendique de se mettre en danger avec BLB, de se libérer de la grosse machine confortable qu’est devenue LIMP BIZKIT. Pourquoi ?



La discussion met surtout en évidence le besoin fondamental de Borland d’aller au contact le plus direct de son public. Au sein de LIMP BIZKIT, en revanche, il se protège, derrière les accoutrements et les lentilles de contact qui ont contribué à sa célébrité. Caméléon, il s’excuse presque, évoquant les tournées US de BLB, de préciser que dans le tour-bus, il prend son quart derrière le volant, comme les autres passagers. En refusant explicitement la dignité de guitar hero que certains lui prêtent très volontiers, c’est aussi la condition de rock-star qu’il rejette, lui préférant nettement celle « d’artiste qui s’intéresse à des tas de trucs différents qui finalement n’en font qu’un ».



Ainsi explique-t-il que la dernière galette de BLB (« Lotus Island ») est avant tout conçue comme une B.O.F. alternative à La Montagne Sacrée (« The Holy Mountain » - 1973), un film – largement ésotérique et surréaliste – d’Alejandro Jodorowsky. Dans le même esprit, il considère la réalisatrice vidéo qui suit BLB comme un membre du groupe à part entière – un groupe pour lequel il revendique la place de frontman… par contraste, toujours, avec LIMP BIZKIT, où il renvoie étrangement sur Fred Durst jusqu’à la responsabilité du regard (« eye contact ») vers le public. En tout état de cause, les deux groupes contribuent à son équilibre et il refuse absolument de hiérarchiser son implication auprès de l'un ou auprès de l'autre.



Généreux, cultivé, complexe, plein d'humour et attachant, c’est ainsi qu’apparaît Wes Borland, qui ne manque pas non plus d’inviter ses interlocuteurs à découvrir la performance de Jayce Lewis, du groupe JAYCE LEWIS  (à moins que ce ne soit l’inverse), qui ouvre pour lui sur cette tournée : un jeune Gallois très prometteur, à ses yeux, dont il explique qu’il a composé et enregistré ses morceaux chez lui, tout seul, comme un grand, sur son Mac. Reste à découvrir tout ça sur scène, donc.



Un moment plus tard, Jayce Lewis et les musiciens qui l’accompagnent prennent effectivement possession du Divan du Monde pour un set plein de conviction. La page Facebook du groupe décrit son style d’un mot : « LOUD » – ce qui se vérifie très rapidement en live. Pour rentrer un peu dans le détail, JAYCE LEWIS propose un électro-rock puissant et très énergique, volontiers saturé et dont la personnalité repose notamment sur les rythmes tribaux dont Jayce, lâchant parfois sa guitare pour aller se caler derrière un set de toms disposé sur le côté de la scène, agrémente régulièrement ses morceaux.

JAYCE LEWIS au Divan du Monde


Le résultat, globalement très plaisant, se situe sans doute quelque part entre RAMMSTEIN, ALPHAVILLE et DEPECHE MODE – la férocité d’un pack de rugbymen gallois en plus. A noter également, la performance à la fois musicale et très visuelle d’un batteur hallucinant : Jack Slade.

JAYCE LEWIS - Jayce Lewis et Jack Slade

Dès la fin du set de JAYCE LEWIS, les musiciens de BLB installent leur matos et peaufinent le réglage de leur son. D'abord intimidés, des membres du publics s'enhardissent et adressent à Wes Borland des messages de bienvenue et d'encouragement. Souriant mais concentré, Borland ne semble pas prêter attention à ces apostrophes auxquelles il ne répond rien... Sa réponse, c'est sa musique : elle ne tarde pas à arriver, avec « Stop a Bullet » (morceau tiré de Cruel Melody - 2007), qui ouvre le set.


BLACK LIGHT BURNS au Divan du Monde - Dennis Sanders & Wes Borland

Et l'on découvre un Wes Borland fréquemment libéré de sa guitare, possédé, roulant et tournant parfois comme un pantin désarticulé, ou dansant tel le dieu Pan (dommage qu'il ait rasé sa superbe barbe, depuis) au centre d'une Bacchanale endiablée. La complicité entre les membres du groupe est évidente, leur bonheur d'être sur scène également, l'énergie attendue est là, le public rentre en transe.




BLACK LIGHT BURNS  - Dylan Taylor






Le set de BLB n'est dénué ni d'humour,  ni, surtout, de la plus manifeste improvisation, parfois - comme lorsque Nick Annis, guitariste, lance le riff de « Master of Puppets » ( METALLICA), rapidement rejoint par Wes Borland et Dennis Sanders, pendant que derrière les fûts, Dylan Taylor roule des yeux effarés tout en essayant de faire bonne figure et de marquer la mesure sur sa crash... « He's too young for this shit ! » lance alors Sanders - et le groupe de repartir tranquillement sur « Hate of my Life »...


BLACK LIGHT BURNS  - Wes Borland & Nick Annis


BLACK LIGHT BURNS  - Dennis Sanders


Bien que BLB soit classé parmi les groupe de metal industriel (ce qui se comprend face au pédigrée de Borland), on sent que le groupe doit autant à l'influence d'un Nick Cave, par exemple, qu'à celle de NIN ou de Marilyn Manson : sur pièces, en live, on peut juger BLB plus rock que metal, plus punk qu'industriel - au moins dans l'attitude.

Dennis Sanders s'est fracturé le pied, depuis, lors d'un concert en Russie - souhaitons lui un prompt rétablissement !








Même si les compositions de Wes Borland présentent un intérêt variable (beaucoup sont excellentes, mais une ou deux sont un ton en dessous), ce concert de très haute tenue, dans l'ensemble, aura certainement marqué les esprits du public présent, ne serait-ce que pour l'exceptionnelle disponibilité de l'artiste, à l'issue du concert : comme il nous a confié qu'il aimait le faire, sans repasser par les loges, il a passé plus de 20 minutes dans la fosse, au milieu de son public, signant des autographes, se laissant prendre en photo et immortalisant lui-même certains de ses fans sur son smartphone.


Juste derrière Wes Borland, on reconnaît Dédo, l'humoriste métalleux, toujours aussi sympa et toujours dans les bons coups !


Rappelons enfin que Wes Borland reviendra en France avec LIMP BIZKIT, pour le Sonisphere, les 8 et 9 juin prochains.

Merci à Roger Wessier pour  l'accueil au Divan du Monde



DROPKICK MURPHYS + F.TURNER + D.WAMPAS @ Paris (Le Zénith) – 02•02•2013 [live-report]



"The Boys are Back !" - DROPKICK MURPHYS au Zénith - Al Barr


Il y a des jours comme ça, où on aimerait se trouver à la place de Bill Murray dans "Groundhog Day" : forcé à la revivre encore et encore… C’était le 2 février dernier : il fallait être à Paris, au Zénith, pour assister successivement à trois sets à dominante punk, aux personnalités très différentes, mais tous propres à redonner goût à la vie malgré lui au pire des dépressifs parmi les aigris.

ARCHIVE : Frank Turner au Trianon, Paris, le 4 juillet 2011


Frank Turner ouvrait le bal. Le troubadour anglais et ses SLEEPING SOULS présentent un répertoire qui court du rock alternatif au folk-punk. Autant que ses morceaux, c’est sa personnalité, son humour, son charisme, son adorable français à la Churchill et sa philosophie, aussi, qui séduisent. Cette dernière tient globalement en deux phrases: «  I won’t sit down, I won’t shut up, and most of all I will not grow old ! » (Photosynthesis) et « I still believe (… in Dropkick Murphys, in Social Distortion, in Johnny Cash… in rock n’roll)! » (I still believe). Tout est dit. Et c’est fastoche à faire reprendre en chœur. Toujours un énorme plaisir, juste une grande joie de voir jouer Frank, dont le cinquième album est prêt et très attendu – "Tape Deck Heart" sortira en avril 2013 chez Epitaph.

Didier Wampas au Zénith


Puis Didier Wampas est arrivé. Le jeune retraité de la RATP a bien la pêche, merci pour lui. Sans ses compères habituels et homonymes, avec qui il secoue la scène keupon française depuis bientôt 30 ans (sans eux la pulpe serait restée en bas), il continue de tout donner, de se lâcher complètement, de s’abandonner à la musique, au public et à son animal intérieur, manifestement très vigoureux. Pendant la première partie de son set, le son (notamment celui de sa voix) est exécrable. Est-ce voulu ? Qu’importe : le Wampas est un chaman, un boxeur, une pile atomique en fusion ; son art est total. Musicalement, on retiendra donc surtout sa reprise de Comme d’habitude/My way, à l’intro interminable, montant progressivement en pression pour exploser comme un geyser fou. Enfin, comme d’habitude, à la fin de son set, le Wampas entreprend de visiter le Zénith et de se perdre dans la foule : longtemps après que ses camarades auront quitté la scène, alors que seul un larsen remplit encore l’atmosphère, il émergera entre les journalistes pour rejoindre les coulisses, épuisé, presque nu et hilare…

A peine arrivé sur scène, Didier Wampas part en slam...


Voilà pour un apéro et une entrée particulièrement savoureux. Reste encore le plat de résistance, servi à la manière traditionnelle, sur fond de Foggy Dew : dès que résonnent les quelques notes de flûtes qui annoncent la voix de Sinead O’Connor, un frisson d’aise parcourt le public… les tambours de guerre des CHIEFTAINS retentissent, cette fois c’est sûr, les gars sont de retour ! Tout comme « Signed and Sealed in Blood », leur dernier album, sorti en début d’année, le set de DROPKICK MURPHYS s’ouvre avec une chanson à boire qui n’est sans doute pas le titre sur lequel les Irlando-Bostoniens se sont le plus foulés en termes de composition, mais qui est approprié et semble mettre tout le monde sur orbite : The Boys are Back et on est bien content de les voir. Et puis le message est clair : vide ta pinte, camarade, ça va remuer !

DROPKICK MURPHYS - La bonne vieille bouille de Ken Casey


En effet : la cavalcade de "Burn" suit immédiatement et si l’on peut enfin reprendre son souffle au début du morceau suivant, c’est pour qu’à l’unisson de la voix de Ken Casey puissent jaillir des entrailles du Zénith des « Hurroo ! » et des « Johnny I Hardly Knew Ya ! » titanesques, à la mesure de la dimension monstrueuse qu’offrent les MURPHYS à ce chant traditionnel irlandais.

DROPKICK MURPHYS - James Lynch


Grâce au relais qui s’organise entre Casey (Going Out in Style) et Al Barr (The Gauntlet) sur la ligne de chant principale (toujours magnifiquement soutenus par les chœurs de Jeff DaRosa et James Lynch), les morceaux courts et pêchus s’enchaînent à un rythme frénétique. Après seulement sept morceaux, le Zénith n’est plus qu’un gigantesque pub et les Celto-US ont déjà revisité 5 de leurs albums.

DROPKICK MURPHYS - Jeff DaRosa


Ils reviennent alors vers « Signed and Sealed… » avec Prisoner’s Song, sorte d’étrange remake de I’m Shipping Up to Boston, mais qui fonctionne parfaitement en live : son enchaînement avec Irish Rover aura certainement constitué l’un des moments les plus forts de ce concert, avec, plus tard, un Rose Tattoo dantesque et un I’m Shipping up to Boston instrumental où, rejoints sur les planches par Frank Turner, les MURPHYS se contentent d’accompagner la foule… Mais, le Zénith de Paris n’est ni Fenway Park ni même Lansdowne Road et la foule ne réagit vraiment que sur « I’m Shipping up to Boston, yea-ea-eah ! » (avec un Al Barr en mode Bruce Dickinson sur "Hallowed by Thy Name"...)

DROPKICK MURPHYS - Al Barr


Au rappel, selon une procédure désormais éprouvée, Casey et Barr invitent les membres du public les plus motivés à les rejoindre sur scène pour une série de morceaux qui permet notamment au groupe de boucler la boucle avec Barroom Hero et Skinhead on the MBTA, deux titres de Do Or Die (1997), le premier album de DKM.



Et au moment où se dissipent les brumes irlandaises, quand le Zénith commence à se vider, on se rappelle très clairement pourquoi on a pour toujours une partie de l’âme accroché au cœur de Dublin, dans Temple Bar, au zinc du Foggy Dew et on rend grâce à tous les dieux celtes d’avoir inventé la bière, l’Irlande, la musique et l’amitié.



Merci à Olivier Garnier pour l’accueil.

Set-list Frank Turner and the SLEEPING SOULS :

If Ever I Stray  
The Road  
Peggy Sang the Blues  
Reasons Not to Be an Idiot  
Glory Hallelujah  
Long Live the Queen  
Four Simple Words  
Photosynthesis  
Try This at Home  
I Still Believe  

J'en remets une petite parce que je trouve que ça manque de vert...


Set-list DROPKICK MURPHYS :

The Boys Are Back
Burn
Johnny, I Hardly Knew Ya
Going Out In Style
The Gauntlet
A Few Good Men
Your Spirit's Alive
Prisoner's Song
The Irish Rover
My Hero
Jimmy Collins' Wake
Worker's Song (version acoustique)
The Battle Rages On
Fields of Athenry
Forever
Out of Our Heads
The Warrior's Code
The Gang's All Here
Rose Tattoo
Captain Kelly's Kitchen
I'm Shipping Up to Boston (avec Frank Turner)

Rappel :
Barroom Hero
End of the Night
Skinhead on the MBTA
Dirty Deeds Done Dirt Cheap (reprise AC/DC)
Citizen C.I.A


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