Alanis Morissette - Havoc and Bright Lights (2012)



Depuis le lumineux Under Rug Swept publié en 2002, Alanis court après le tube sans jamais le rattraper. « Eight Easy Steps », en 2004 étant d’ailleurs la dernière (vaine) tentative en date. 



Les échecs commerciaux contraignirent d’ailleurs la maison de disque à éditer, un an plus tard, une version acoustique de son plus grand succès commercial, Jagged Little Pill. Et ce n’est pas Flavors of Entanglement, en 2008 qui permit à Morissette de renouer avec le succès, bien au contraire…Quatre années, un bébé et une nouvelle maison de disques plus tard, qu’en est il de ce Havoc and Bright Lights ?

« Guardian », dédié à son fils et premier « teaser », était assez prometteur, il aurait d’ailleurs, il y a 25 ans, fièrement figuré sur la face B d’un 45 tours…Un 45 tours sans face A, hélas. Même si la belle n’a pas complètement perdu de son mordant : « Celebrity » et « Numb » distillent une tension assez savoureuse, il manque l’énergie, le petit plus mélodique et la rage d’antan. La conviction aussi, peut-être...

On trouvera également certains échos un peu opportunistes à la Coldplay (« Receive ») mais la Canadienne ne parvient jamais à approcher la déconcertante aisance mélodique des Britanniques. Certes, il y a quelques (rares) jolies choses, Morissette n’est plus une débutante, mais même les meilleurs efforts (« Lens », « Empathy ») ne décollent jamais vraiment et sa voix toujours incroyable ne fait plus de miracles à elle seule. Si l’on ajoute quelques ballades opportunistes et ennuyeuses (« Havoc », « Edge of Evolution », « ‘til You »), on obtient un disque finalement quelconque et décevant de la part d’une artiste aussi talentueuse.



Bref, le constat est amer : Havoc and Bright Lights ne fait que souligner les carences de ses prédécesseurs sortis depuis maintenant dix ans. Espérons désormais qu’Alanis ne vienne pas grossir les rangs de ces chanteuses des années 90 au succès aussi fulgurant qu’éphémère…

REM - Collapse Into Now (2011)


Réglé comme une horloge suisse, le trio américain sort un album tous les trois ans depuis le début du siècle. Après une incursion réussie dans une musique électronique et éthérée (les très jolis Up en 1999 et surtout Reveal, en 2001) l’inspiration marqua un peu le pas sur Around The Sun, en 2004 avant un retour de flamme qui n’en fut que plus spectaculaire avec le revigorant Accelerate en 2008 qui fit l’effet d’une vraie fontaine de jouvence pour le groupe. Chaque album est néanmoins accueilli avec une bienveillance un peu convenue par la presse rock, il convenait donc de faire le point : que vaut le R.E.M. cuvée 2011 ? Et bien abstraction faite de toute politesse : c’est une vraie réussite car Collapse Into Now, quinzième album en trente ans de carrière, surprend autant par la modernité et la qualité que par l’intelligence de ses compositions.
 
Cet album annonce d'emblée la couleur avec une introduction très "rentre dedans" et évocateur de l'album d'avant avant d'évoluer vers des ambiances feutrées aux mélodies irrésistibles (« Everyday is yours to win ») et des titres très rock, aussi accrocheurs que « Discoverer » ou le très « garage » « Mine Smell Like Honey » qui rappelle furieusement les toutes premières compositions du groupe.


Ce qui est aussi particulièrement remarquable, sur ce disque, c’est la manière dont les titres s’enchaînent sans jamais se ressembler, alternant des atmosphères diamétralement opposées, mariage hybride, mais ô combien réussi, entre l’ambiant mâtinée d’électro de Reveal et celle, beaucoup plus rock d’Accelerate. On est, certes, en terrain conquis (écoutons l’inévitable mandoline de « Oh My Heart » pour nous en convaincre !) mais l’album n’est, pour autant, jamais convenu et ne sombre jamais dans la facilité.


Ce n’est pas la liste d’invités prestigieux qui fera mentir cette chronique : Eddie Vedder, Patti Smith et Peaches en têtes. Si l’influence du leader de Pearl Jam est évidente sur « It Happened Today », Patti Smith n’est que choriste de luxe sur le dernier titre de l’album, « Blue ». Même si elle en fait un peu des caisses au milieu d’un maelström de guitares saturées, la chanson, habitée et envoûtante, rappelle, si nécessaire, que Collapse Into Now est aussi un disque où les paroles ne sont pas un parent pauvre. Si l’on ajoute à cela une production littéralement faite pour ses compositions, on obtient sans doute le disque le plus abouti et le plus inspiré du groupe depuis Automatic For The People (1993) sinon un des disques essentiels d'une discographie finalement assez constante en qualité.

Collapse Into Now, album testament de REM, clôture une carrière exceptionnelle de la plus belle des manières.

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