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EILERA Interview

par Christophe Droit
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Feb
11
2017

Entre le sud de la France et le sud de la Finlande il n'y a pas qu'un pas. La lumière n'est forcément pas la même mais elle s'y trouve. Alors les sentiments et émotions se chevauchent, entre le chaud et le froid, le bonheur et ce qui s'avère parfois dramatique... La musique et les textes de cette auteur compositeur et interprète qui a décidé un jour de rejoindre Helsinki, sont influencés directement par ce qu'a pu vivre au cours de ses dernières années Eilera. Son dernier album « Face Your Demons » paru le 30 septembre 2016 montre qu'il est possible de ce réchauffer l'esprit tout en ayant des pensées glaciales. Il était nécessaire d'avoir des réponses à notre curiosité et par la même occasion mettre en avant cette artiste à part entière...


Un peu d'histoire pour commencer, EILERA est-il un 'groupe' à part entière ou doit-on te présenter comme artiste solo ?
Je suis une artise solo.

Quels sont les musiciens permanents, le line-up officiel qui t'accompagne aujourd'hui ?
Aujourd'hui, le groupe qui m'accompagne est composé de Roni Seppänen (guitare), Lauri Salomaa (claviers), Jan Sormo (basse) et Toni Paananen (batterie). Ces musiciens sont sur l'album « Face Your Demons » enregistré "live" en studio et ils sont aussi avec moi sur scène. J'ai joué avec beaucoup de musiciens jusqu'à aujourd'hui et je me suis rarement sentie aussi bien avec un groupe. Alors, est-ce qu'EILERA est en train de devenir un groupe ? C'est possible. En tout cas nous jouerons les concerts à venir ensemble.

Est-ce qu'en 2003 tu as décidé de changer le nom du groupe parce que le style musical allait devenir différent ?
En 2003, ma situation musicale a changé du tout au tout. Les six années précédentes, j'avais travaillé en tant que guitariste et auteur-compositrice en groupe, sous le nom SUSPIRIA brièvement, pour lequel je composais du black metal, puis très vite sous le nom CHRYSALIS, pour lequel je composais du death-metal progressif. Un jour, je suis arrivée aux limites de mes possibilités avec CHRYSALIS. Je n'étais plus intéressée ni par le style, ni par ma guitare, ni par les problèmes de groupe, auxquels s'ajoutaient les problèmes avec le label. J'avais besoin de fraîcheur et de liberté. Mon premier instrument, comme je l'avais alors compris, était ma voix. J'ai donc commencé à travailler sous le nom d'artiste Eilera. J'ai composé des chansons aux structures plus pop-rock, avec le tranchant du metal toujours dans leur âme, mais avec des arrangements plus libres. J'ai exploré la musique folk celtique, la musique électronique ; j'ai appris à maîtriser ma voix. Je travaillais alors avec le guitariste Loic Tézénas, et ensemble nous avons enregistré la première démo-album « Facettes ». À cette époque-là je ne voulais plus ni grosses guitares, ni riffs. Je voulais une énergie plus aérienne et de l'aventure. Je voulais déterminer une identité musicale plus forte. Par la suite, lorsque Spinefarm Records m'a offert un contrat, j'ai réintroduit le son metal autour de cette identité.
 

« Face Your Demons » est le 4e album, doit-on comprendre par son titre que les thèmes abordés sont du vécu ?
Oui, toutes mes chansons partent d'un vécu. Je sortais, avec mon album précédent « Darker Chapter… and Stars », d'une période de douleur qui m'avait réduite en cendres. J'ai beaucoup appris de cette épreuve. Et lorsque j'ai recommencé à écrire et à composer, c'était avec le sentiment fort qu'un chapitre de ma vie s'était achevé et qu'un nouveau s'était ouvert, dans lequel j'étais libérée d'un poids. « Face Your Demons » débute une nouvelle période de ma vie de musicienne, à la fois plus mature et plus libérée. Je retrouve un peu le sentiment de fraîcheur que j'avais lorsque je travaillais sur « Facettes », mais avec une connaissance de la vie bien plus riche. La vie m'a entre autres appris qu'il y a deux manières de procéder : se cacher de ses responsabilités ou bien prendre les choses en main. Bien sûr, il est plus rassurant de s'en remettre aux autres, d'ignorer les problèmes et de rester dans son ignorance. Suivant l'éducation que l'on a reçue, il peut être difficile de dire non, ou stop. Mais le côté pervers de s'en remettre aux autres est qu'on leur donne aussi le pouvoir d'agir sur nous-mêmes, et, s'ils sont mal intentionnés, de nous détruire. Toutes ces zones d'ombres qui sont en nous, nos peurs, nos ignorances, doivent retenir notre attention. Il faut trouver le courage de les regarder en face et, afin de les conquérir, s'instruire ; par exemple en lisant des livres autant que possible et en sortant de nos zones de confort. Plus on connait le monde, plus on connait l'autre et plus on se connait sois-même ; plus on se rapproche d'une force intérieure… Et puis, la vie est tellement plus excitante quand on s'intéresse à ses mystères !

Tu t'es chargé d'écrire les textes et de composer les principales musique de chaque chansons ? Comment procèdes-tu au départ, ce sont les textes qui influencent la musique qui les accompagnera ?
La manière dont je crée les chansons a varié pour chaque album. Pour « Face Your Demons », mon contexte de travail était différent des albums précédents, d'abord parce que lorsque j'ai commencé à composer, je n'avais ni domicile fixe ni home-studio. J'avais simplement une guitare acoustique et des pages blanches. Alors j'ai commencé par... vivre. M'imprégner de l'environnement autour de moi, m'interroger sur des situations et des personnes, me donner des challenges, parfois me mettre dans des situations délicates pour provoquer les événements. Mes chansons précédentes avaient étaient composées avec un pied en France et l'autre en Finlande, ma vie étant partagée entre ces deux pays depuis longtemps. Pour la première fois avec « Face Your Demons », mon album allait être composé et écrit entièrement en Finlande, et ceci a influé sur le résultat. Autant « Facettes » était avant tout gorgé de soleil, autant « Face Your Demons » est entouré de glace ; et au milieu de ces éléments qui malmènent l'humain, bat un coeur toujours empli du soleil méditerranéen. « Face Your Demons » est mon album qui assemble le plus harmonieusement les extrêmes : le chaud et le froid , les mondes mâle et femelle. Et c'est aussi de cette manière que les chansons ont été créées : la musique et les paroles se sont assemblées harmonieusement, sans conflit et sans ordre précis, au fur et à mesure des aventures que je vivais, suivant quel collaborateur je rencontrais en chemin, et suivant ce que j'avais sous la main ; une feuille blanche, une guitare ou un ordinateur.
 

"C'est un album optimiste et courageux, qui invite à faire face à ses démons, dans un calme intérieur." - Eilera



​Tu sais aussi bien que nous que les groupes de metal mélodique avec une chanteuse à leur tête son nombreux, n'est-ce pas difficile de faire son nid dans une telle multitude de formations ?
​À vrai dire, je ne me sens pas vraiment concernée par ce phénomène. Je composais déjà du metal depuis plusieurs années lorsque ce phénomène a émergé. J'avais déjà introduit les ambiances folk ou classique dans ma musique. Je savais déjà que l'aspect aventureux/provocateur de mes chansons me séparait du metal ou du rock traditionnel et me placait dans une section alternative, non pas en raison de mon sexe mais en raison de mon style de composition. Si vraiment on doit me rapprocher d'autres artistes, alors je pense que ma démarche est plus proche de Ville Valo (HIM), Devin Townsend ou bien PINK FLOYD, Kate Bush, Tori Amos et Björk dans un contexte pop(ulaire).


Que ce soit sur les 3 premiers albums ou ce dernier, il y a cette touche mélancolique prononcée par des violons et autres instruments à cordes, cette influence fait-elle partie de tes racines ?
Je crois que mes racines sont plus dramatiques que mélancoliques. Je suis avant-tout une extra-sensible, une antenne qui capte les sensations autour de moi et qui les transforme en chansons. Alors certainement, lorsque je compose un album entièrement en Finlande, cet album ne peut pas être un album très gai. Mais c'est un album optimiste et courageux, qui invite à faire face à ses démons, dans un calme intérieur. C'est aussi un album réaliste sur la dureté de la vie, autant que sur sa beauté. Lorsque les éléments autour de vous sont impitoyables, il vous faut grandir très vite, accepter vos vulnérabilités et faire ce que vous avez à faire. Pour exemple, la première chanson écrite pour cet album "Frozen Path", qui rassemble à la fois l'optimisme d'un renouveau, l'excitation de l'inconnu et les dangers d'un environnement impitoyable. Lorsque j'ai écrit le texte de cette chanson j'étais installée dans un café de Kallio - mon quartier - où j'ai reçu un message de mon ami qui disait : "Regarde dehors, la lune est pleine.". Et je lui ai répondu : "Vraiment? Comment est-ce possible ; elle était déjà pleine hier.". Cet échange s'est passé le lendemain de notre marche sur la mer gelée, à l'est de Helsinki, dans un froid absolu et une beauté mortelle. C'est l'excitation de cette marche à deux pour mieux braver les éléments, la vie, et cet échange concernant la lune qui m'a conduite à écrire les lignes du refrain de la chanson : "The moon's been full for two days, everything is possible today...".
Les cordes retranscrivent beaucoup et parfaitement des messages émotionnels et sonores que j'ai à transmettre. Par exemple, j'utilise depuis longtemps le violon lead style fiddle, de la musique folklore celtique - comme c'est le cas dans cette même chanson "Frozen Path". Pour moi, le fiddle est un jeu extrême, qui retranscrit une joie intense, ou bien la romance, ou bien le drame. On connait principalement en France la Bretagne pour sa culture celte, mais lorsque je me promène dans les montagne des Cévennes, près de là où vient une partie de ma famille, je ressens fortement le côté passionné, généreux et dramatique des celtes. De loin, les montagnes bleues me rappellent l'océan atlantique, en plus magique.Quant aux ensembles de cordes que j'utilise dans mes arrangements, ils sont souvent là pour retranscrire l'aspect aérien de mes chansons, comme dans celles de « Face Your Demons », qui sont remplies d'une lumière vive, parfois agressive et d'un air pur.
 

"En Finlande, le rock et le metal Sont la culture musicale, pour beaucoup de monde..." - Eilera.



Dirais-tu que "Face Your Demons" est plus heavy que les précédents, plus rentre-dedans ?
« Face Your Demons » est plus léger que son prédécesseur, dans le sens plus aérien. Mais il est aussi bien plus énergique et rentre-dedans, comme l'est la lumière du nord ; un peu insolent. Ses arrangements sont plus délicats et pourraient sembler plus fragiles. Mais je crois que sous cette délicatesse se cache une force bien plus grande que dans l'album précédent.

Tu nous confirmes qu'il existe un énorme fossé entre les pays nordiques et la France par exemple concernant l'ouverture d'esprit et la culture musicale dites "Rock" ?
En Finlande, le rock et le metal Sont la culture musicale, pour beaucoup de monde. Ces genres font partie de l'identité culturelle du pays et sont retransmis par les médias nationaux. Des groupes établis depuis longtemps, tels que MOONSORROW, SWALLOW THE SUN, APOCALYPTICA, SONATA ARCTICA, HIM, AMORPHIS ou à plus grande échelle NIGHTWISH remplissent les salles moyennes et grandes du pays. Il y a aussi une nouvelle génération qui émerge, avec des groupes comme ARION, CRIMSON SUN ou LOST SOCIETY. Pour beaucoup de monde d'ailleurs, le metal est même un peu "has-been", déjà vu, dû au côté répétitif des groupes de rock/metal et de leur très/trop grand nombre dans ce pays.

Tu vis aujourd'hui en Finlande ? Regrettes-tu comme nous que la France ne soit pas comme l'Allemagne par exemple où le heavy metal est un genre musical à qui on ne ferme pas les portes dans les médias ?
Oui, j'habite à Helsinki. En effet, c'est dommage que nos médias connaissent aussi mal les genres rock et metal et qu'ils s'y intéressent si peu. Ces termes sont si larges et ils englobent tellement d'artistes. La France a encore son identité à créer dans le monde du rock/metal et elle aura besoin de ses médias pour la soutenir dans cette direction. Et pourquoi ne pas créer et soutenir un rock/metal qui nous ressemble ? Un rock/metal unique, avec le sens du détail et de l'harmonie typiquement français ? ...De mon côté, c'est ce que je travaille à créer.

Est-ce que 2017 sera une année charnière pour EILERA ? Vas-tu te consacrer à préparer "l'équipe" qui t'accompagnera éventuellement pour une tournée et une participation à quelques festivals ?
Mon équipe est prête... (sourire)


Il ne vous reste plus qu'à parcourir la chaîne YouTube officielle d'EILERA pour vous faire une idée sur son univers musical.

www.facebook.eileraOfficial
www.eilera.com


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