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ACCEPT • Interview Wolf Hoffmann

par Jérôme Sérignac
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Jul
21
2017

Nous sommes à Paris à la mi-juin et l’été n’est pas encore arrivé officiellement. La température ce jour-là le précède et c’est attablé à la terrasse d’un hôtel sous un arbre procurant juste l’ombre nécessaire pour être bien que je rencontre Wolf Hoffmann, fondateur et guitariste d’ACCEPT, qui assure ici la promotion du nouvel album « The Rise Of Chaos », qui paraîtra le 4 août.


Le voilà enfin ce successeur à « Blind Rage » ! Certes, vous ne nous avez pas abandonné entre les tournées et un superbe live paru l’an dernier mais ça fait plaisir de revenir aux vraies valeurs : un album ! Et à l’instar de la chanson "Analog Man", a-t-il été enregistré en analogique ? Attention, une mauvaise réponse est disqualifiante !
(Rires) Non, il n’a pas été enregistré en analogique mais nous parlons d’un homme analogique et Mark (NDR : Tornillo, le chanteur) est cet homme. Cette chanson a pour base quelque chose qu’il répète depuis des années : « Je hais toute cette merde numérique, je suis un mec analogique ! », et en parallèle, il a un iPhone, un MacBook, il est sur Facebook donc il n’est pas complètement analogique comme tu le vois, il déteste simplement toute la technologie numérique.

Le genre de personne qui garde un esprit "à l’ancienne" ?
Oui et c’est ce qui transparaît dans la première phrase de la chanson, « Je suis né dans une cave où la stéréo était le summum ».

Quand avez-vous commencé à donner vie à « The Rise Of Chaos » et comment s’est déroulé le processus d’écriture ?
Peter (Baltes, le bassiste) et moi nous sommes retrouvés dans mon home-studio pour écrire, échanger des riffs, rassembler des idées et ébaucher les premières chansons et cela a duré quelques mois, presque un an.

C’est plutôt rapide, non ?
Tout dépend ce que tu entends par là ! L’enregistrement en lui-même a été rapide mais l’écriture et la composition ont pris presque un an, je ne trouve pas ça très rapide pour ma part. Pour ACCEPT, ce serait même plutôt l’inverse.

La durée de ce nouvel album ne dépasse pas les 46 minutes. On pourrait le faire tenir sur une face de K7 audio. Choix “old school” délibéré ou bien les choses se sont faites comme ça, sans but précis ?
Non, ce n’était pas intentionnel. De nos jours, il est préférable d’avoir dix très bonnes chansons plutôt que douze ou plus qui ne sont que du matériel de remplissage. A la fin des séances d’écriture, nous avions une vingtaine de titres à disposition et nous avons choisi de n’en conserver que dix pour l’album, ce qui est un minimum pour nous. Nous avions quatorze morceaux sur « Blood Of The Nations » et les gens l’ont apprécié, mais nous ont dit aussi qu’il était trop long. Tu ne peux jamais contenter tout le monde de toute façon.

Le thème global est très sombre. L’époque l’est également. On ne peut nier l’influence de l’un sur l’autre. C’est le constat d’ACCEPT face à la situation mondiale ?
C’est le reflet de ce qui nous entoure. Nous nous tenons au courant de l’actualité, nous lisons les journaux donc « The Rise Of Chaos » (NDR : traduire par « La Montée du chaos ») est un titre qui convient parfaitement, c’est vraiment ce qui est dans l’air du temps si je peux me permettre. Cela concerne beaucoup de monde, nous y compris. On n’a pas écrit précisément à cause de l’élection de Trump mais il y a beaucoup de gens qui vont faire la connexion, et il y a un parallèle à faire bien sûr, le monde étant de plus en plus chaotique. Que ce soit au niveau politique, du climat, de la guerre en Syrie ou des réfugiés. C’est le chaos partout.

On dirait même que les gens commencent parfois à perdre optimisme face à tout cela.
En ce qui me concerne non, mais je ne parle que de moi là. Je pense qu’il y a un côté positif en toute chose et que si l’on s’unissait, nous pourrions résoudre ces problèmes. Mais il est facile de perdre espoir. Ce qui me préoccupe en tout premier lieu est la division du monde. Soit tu es à fond pour quelque chose ou alors totalement contre, il n’y a plus de juste milieu. J’ai grandi avec la possibilité de douter, de pouvoir hésiter à prendre parti pour une chose ou une autre. Maintenant, les gens sont fermement ancrés dans un camp ou dans l’autre.

Et cela crée des clivages plus importants que ceux déjà existants.
Malheureusement oui, je suis complètement d’accord avec toi sur ce point.
 

"je n’analyse pas trop ce qu’il s’est passé au cours de ma carrière" - Wolf Hoffmann



© HARD FORCE / Christian Ballard - DR


Wolf, connais-tu Edith Piaf ?
(Il fronce les sourcils)
Oui un peu, pourquoi ?

Est-ce que tu es d’accord avec le titre "No Regrets" en ce qui concerne la destinée du groupe ? (Je lui chante alors le refrain de "Je ne regrette rien".)
(Rires) C’est marrant, personne jusque-là ne me l’avait faite ! (Rires) Non, je ne regrette rien (sourire). Si je regarde en arrière, la manière dont j’ai mené ma vie, que ce soit au niveau personnel et professionnel, je suis complètement en accord avec moi-même. Je ne suis pas un grand partisan de ceux qui se penchent trop vers le passé et qui regrettent certains de leurs choix. Parce que ce qui est fait est fait. C’est d’ailleurs le titre d’un autre morceau, "What’s Done Is Done". C’est la même idée, ne pas regarder en arrière.

J’y venais, merci pour la transition ! Le morceau "What’s Done Is Done" dit, je cite, que ce qui est fait est fait lorsque la balle est tirée et qu’il faut en assumer les conséquences. Mais ne doit-elle pas des fois être tirée justement et ce, quelles qu’en soient les conséquences ? Je ne parle pas spécialement d’appuyer sur une gâchette au sens propre et de tuer des gens mais que certains actes doivent se faire peu importe ce qui en découlera et que l’on sait qu’il y aura des conséquences, des répercussions négatives pour certains...
Je vois ce que tu veux dire. C’est pourquoi il faut vraiment y réfléchir à deux fois avant d’agir mais une fois que ta décision est prise, il est trop tard pour faire machine arrière. Quand tu choisis d’emprunter un chemin, tu peux corriger la trajectoire mais tu ne peux pas changer de chemin, c’est trop tard et ça appartient au passé. C’est pourquoi je n’analyse pas trop ce qu’il s’est passé au cours de ma carrière il y a des années. Certains me disent des trucs du genre : « A propos de ce qu’il s’est passé en 1985, etc. ». Je m’en fiche, c’est du passé. Allons de l’avant, c’est mon état d’esprit.

En premier lieu, en lisant le titre "Koolaid", je pensais qu’ACCEPT se démarquait des nombreux groupes sortant leur marque de bière, de vin ou de vodka en proposant une boisson énergisante car ce nom me rappelle, du moins dans la prononciation de son nom, la marque Gatorade. Mais en faisant mes devoirs pour l’interview, j’ai découvert que le Koolaid était une boisson en poudre aromatisée à la cerise (NDR : comparable à notre Tang que les plus anciens d’entre-vous, lecteurs, ont connu), mais aussi une expression associée à un fait divers effroyable de l’Histoire des Etats-Unis.
C’est une expression utilisée aux Etats-Unis en effet et j’ai été curieux de savoir ce qu’elle signifiait réellement, à savoir de ne pas prendre pour argent comptant ce qu’on te dit mais j’ai voulu connaître son origine. C’est là que j’ai découvert que c’était lié à un massacre survenu en 1978. C’était un excellent sujet et on a écrit cette chanson à propos de personnes qui se sont données la mort en buvant du Koolaid mélangé à du cyanure parce que leur soi-disant leader, un gourou nommé Jones, leur en avait intimé l’ordre, et qu’au final, 900 personnes ont perdu la vie. C’est une des histoires les plus dingues que j’ai entendu.

On peut y voir un écho avec le massacre de Waco au Texas qui a eu lieu en 1993 où une centaine de personnes ont péri brûlées vives car le leader du mouvement  Davidien (NDR : MACHINE HEAD a écrit le titre "Davidian" sur ce sujet), a mis le feu au campement lors de l’assaut final des forces de l’ordre.
Oui, en quelque sorte, mais celui-là est particulièrement fou car les gens se sont littéralement mis en ligne comme tu peux le faire lorsque tu attends pour rentrer dans une salle de concert, ont bu leur verre et sont tombés raides morts et au suivant ! Des mères tuant leurs propres enfants, les forçant à ingérer ce truc. C’est vraiment horrible, un truc qui dépasse l’imagination et pourtant, c’est vraiment arrivé.
 

"je ne veux pas d’écart entre mes morceaux et qu’ils soient tous de qualité égale" - Wolf Hoffmann


Le refrain du titre "Carry The Weight" est très mélancolique et j’ai ressenti ce sentiment à d’autres moments du disque. Est-ce que tu l’as ressenti aussi ?
Je dois dire que oui, mélancolie est assez approprié. Nous écrivons nos chansons comme elles viennent. Analyser ensuite le pourquoi du comment et ce qu’elles nous évoquent… "Carry The Weight" est rapide mais mélodique, un genre de balade au galop (sourire).

Ça aurait fait une belle version acoustique.
Oui, dans le style des troubadours mais nous avons opté pour un tempo rapide même si elle fonctionnait bien de l’autre manière. Et elle reste typiquement dans le style ACCEPT du coup.

L’album est typique d’ACCEPT, c’est vrai, mais il est aussi différent de ses deux prédécesseurs par d’autres aspects, donc j’avoue avoir été surpris d’une bonne manière.
Pour ma part, il est compliqué de dire si un album est si différent d’un autre car j’en suis trop proche et trop lié pour être la personne la plus objective à ce sujet. Mais j’ai l’espoir, maintenant qu’il est terminé, que ces dix chansons sont les meilleures et que je n’ai pas fait que deux-trois bons titres et que le reste n’est que du remplissage. Sur un album, beaucoup ont tendance à agir de la sorte, se concentrent sur quelques titres et se fichent du reste. Moi, je ne veux pas d’écart entre mes morceaux et qu’ils soient tous de qualité égale.

On peut toujours sortir une édition spéciale avec des titres bonus sinon.
C’est un autre point positif pour cet album, nous n’avons pas de chansons bonus cette fois. Je n’aime pas trop ce concept de bonus. Les Japonais veulent toujours des titres en plus que les autres et je veux être le plus juste possible avec tout le monde et que tous puissent en bénéficier, pas uniquement le Japon. Ils ont tout le temps une édition spéciale avec un disque bonus donc cette fois, il y a dix chansons pour tout le monde et c’est tout ! (sourire)

Egalité et justice pour tous !
(Rires) Ah ah ! Oui exactement. Liberté, égalité, fraternité (Ndr : en français). Et ACCEPT ! (rires)

TESTAMENT avait surpris en ouvrant en Europe pour AMON AMARTH et vous avez surpris également en suivant cet exemple sur la tournée avec SABATON. Alors ACCEPT en France de nouveau en tête d’affiche, c’est pour quand ? Parce que les premières parties, c’est bien mais on vous préfère en headliner. Est-ce que la situation financière de l’industrie musicale est-elle impactée aussi au niveau des tournées ? Ce qui ferait sens dans le fait d’avoir des plateaux de plusieurs groupes.
C’est une des raisons, il faut l’avouer. Mais nous tournerons en Europe en tête d’affiche au printemps 2018. La sortie de l’album coïncide avec notre date en Allemagne au Wacken Open Air et après cela, nous partirons jouer en Amérique du Sud, au Japon, en Australie et nous reviendrons faire une tournée européenne au printemps et la France fait évidemment partie des étapes planifiées.
 

"J’ai beaucoup de CD de musique classique par contre et j’écoute rarement du metal ou du rock" - Wolf Hoffmann



© Nuclear Blast - Nat Edeme


Ce n’est un secret pour personne, tu es un passionné de photographie. Trouves-tu le temps en tournée pour t’y adonner ?
Non, je ne peux pas. J’aimerais bien mais ce n’est pas possible d’emporter tout mon matériel en tournée et lorsque je suis sur la route avec ACCEPT, je me dévoue à 100 % pour la musique. Ce serait trop dur de laisser en plan tout ce qu’il y a à faire dans la journée pour le groupe et partir quelques heures pour prendre des photos et revenir ensuite comme si de rien n’était. Je ne peux pas faire ça, c’est l’un ou l’autre mais c’est trop compliqué de faire les deux.  

Tu ne ressens jamais l’envie de photographier le groupe, l’équipe qui vous accompagne, de faire de beaux clichés de certains instants lorsque le groupe est sur la route ?
Il arrive que l’on en fasse ou que l’on ait besoin de faire une photo promo pour le groupe et je m’en charge alors mais je n’emmène pas tout mon matériel avec moi. J’ai mon iPhone sur moi, bon ce n’est pas vraiment un appareil comme on l’entend, je suis d’accord, mais ça me suffit. Pour moi, la photographie n’est pas seulement une passion mais c’est également un travail. En tournée, c’est plutôt : « Oh, quel bel arbre », ce genre de trucs. C’est fun mais je prends les choses plus sérieusement, comme un challenge afin de produire quelque chose de bien dans un environnement autrement stressant. Quand une grosse compagnie te passe une commande qui exige que tu engages des modèles, de gérer un gros budget, c’est très stressant. Lorsque je fais cela, c’est presque comme monter sur scène. C’est amusant mais tu as des responsabilités et tu te dois de le faire de ton mieux car les gens payent pour cela et c’est totalement différent du fait de flâner dans les rues. Une fois que tu es entré dans ce monde, il est très difficile de redevenir un photographe touristique, tu comprends ? La photographie est vraiment un univers à part.

Questions plus personnelles et légères pour finir. Le dernier album que tu as acheté ?
Je ne m’en souviens même pas ! Je n’achète pas d’albums à vrai dire et je n’écoute pas tant que ça de musique d’autres groupes et artistes. J’ai beaucoup de CD de musique classique par contre et j’écoute rarement du metal ou du rock.

Le dernier concert auquel tu as assisté ?
Tu vas rire, c’est un concert d’un autre groupe dans lequel joue Christopher Williams, notre batteur. Il s’agit d’un groupe de reprises se produisant uniquement dans les écoles. Quand il n’est pas avec ACCEPT, il a d’autres projets sur la scène nationale et l’un d'eux est ce groupe. Gaby (NDR : la femme de Wolf, également manager du groupe et compositeur des paroles de nombreux classiques du groupe) et moi sommes allés le voir et c’était sympa.

Ce doit être amusant de voir son batteur dans ces conditions.
Oh que oui ! Surtout qu’il joue dans ce groupe en compagnie de deux autres musiciens qui m’accompagneront lors de la deuxième partie du concert au Wacken où je jouerai des morceaux de mon album « Headbangers Symphony» sorti l’an dernier, en compagnie également de l’Orchestre Symphonique National Tchèque.

A l’attention des fans et lecteurs, tu as carte blanche !
Le dernier mot ? Oh, j’adore ce concept ! (rires) En premier lieu, je suis heureux que nous ayons des fans très dévoués et qui suivent ACCEPT depuis des années, certains depuis le début même. En soi, c’est un véritable honneur et je les en remercie tous. C’est grâce à eux que je suis revenu dans le monde musical car je m’étais retiré pendant quelques années et lors de mon retour, ils étaient toujours là et c’est un cadeau unique que l’on doit considérer avec respect, ce que tout le monde ne fait pas. Il est dans la tendance de prendre ça pour acquis et certains pensent être des rock-stars quoi qu’ils fassent, qu’on les aime ou pas, peu leur importe. Mais ça ne marche pas comme ça pour moi. C’est une question d’échange mutuel. En 2005, lors du come-back d’ACCEPT, j’ai réalisé combien de fans étaient toujours là pour nous et ça m’a beaucoup ému. C’est une des raisons principales qui ont fait que j’ai continué et que j’ai voulu en faire plus. Et nous voici tous les deux à discuter de ce nouvel album et d’un groupe qui a débuté il y a plus de 35 ans…



© HARD FORCE / Christian Ballard - DR

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