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ANGE : "Le Cimetière des Arlequins"

par Pierre Graffin
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May
01
2012

 

 

 

 

Composé de Francis Décamps (claviers), Jean-Michel Brézovar (guitare), Daniel Haas (basse), Gérard Jelsch (batterie) et mené par Christian Décamps, poète génial et déjanté, Ange a remporté en 1970 le Grand Prix du Golf Drouot. Cette récompense leur valut d’obtenir un contrat chez Philips et de sortir un premier album très remarqué : Caricatures.

 

 
Le Cimetière Des Arlequins, sorti un an plus tard, était évidemment attendu comme le "toujours difficile deuxième album d'un groupe/artiste" l'est toujours mais dévoile brillamment ce que leur première livraison ne faisait que laisser entrevoir : Ange était (et est encore aujourd'hui d'ailleurs) un cas unique et rare dans l’histoire du rock français. Si ce deuxième album ne fait que confirmer le style unique et les aspirations du groupe ébauchées dans Caricatures, il le fait avec une maturité affirmée, une plus grande maîtrise technique et surtout, beaucoup plus d’ambition.
 
Christian Décamps, tel un Lewis Carroll sous acide, laisse libre cours à son imagination débridée et fantasque sur ce Cimetière Des Arlequins qui s’écoute comme on parcourt un livre d’images peuplé de personnages extraordinaires (l’apprenti sorcier) ou même carrément saugrenus («L’espionne lesbienne»). Ces histoires, souvent satiriques, parfois même inquiétantes, sont littéralement emmenées par un groupe qui fait preuve d’une rare cohésion musicale même si le seul instrumental, « Bivouac Final », bien que puissant et planant, semble plus improvisé que vraiment construit. La magie est en revanche omniprésente et Ange réussit l’exploit de captiver l’auditeur en restituant une ambiance incomparable, tour à tour cynique (la difficile mais très réussie reprise de Brel : «Ces Gens-là»), macabre («Le Cimetière Des Arlequins»), mais toujours imparable («Aujourd'hui, C'est la Fête Chez l'Apprenti-Sorcier») et captivante.
 

Même s’ils restent encore en deçà de la maîtrise technique de leurs contemporains d’Outre Manche (Genesis ou King Crimson, pour ne citer qu’eux), les frères Décamps réussissent là où beaucoup d’autres échouent. Ils développent en effet une identité propre, un style narratif et mélodique hors du commun, tout en instaurant un souffle lyrique et créatif dont peu de groupes d’alors (surtout Français !) peuvent se vanter.
 
Même si la production n’est définitivement pas à la hauteur de l’effort et si les sonorités ont pris un coup de vieux, Le Cimetière Des Arlequins n’a rien perdu de son charme envoûtant et reste un album incontournable de la discographie "angélique". Une tournée triomphale suivra la sortie de ce disque dont une apparition très remarquée au festival de Reading en Angleterre, où Genesis était en tête d’affiche, devant 30.000 personnes. La presse française ignorera d’ailleurs poliment cet évènement musical...Quant à Ange, ils poursuivront une carrière exemplaire d'un point de vue artistique et sortiront, un an après ce disque, ce que beaucoup considèrent comme leur chef d’œuvre : Au Delà du Délire.

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