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Corentin Charbonnier, anthropologue du Metal

par Naiko J. Franklin
1 commentaire
Oct
20
2013

 

Corentin Charbonnier est photographe, agent artistique, organisateur de concerts, mais surtout chercheur : anthropologue doctorant à l’Université de Tours, il travaille sur le Metal et plus spécifiquement sur le Hellfest. Il donnera ce mardi 22 octobre une conférence à l’université de Cergy-Pontoise. Rencontre.
 

Parle-nous de ton parcours : comment devient-on anthropologue du Metal ?
Mon parcours est à la fois typique et atypique : je suis fan de Metal depuis toujours et j’ai une formation musicale classique… à la harpe ! Je me rappelle de mon premier achat, très jeune : «Ride The Lightning» de METALLICA. Cette pochette, avec les éclairs…
En rentrant à l’Université Catholique de l’Ouest avec mon look de métalleux extrême, je me suis tourné vers la Sociologie… Mes premières années de formation ne m’ont pas permis d’approfondir le phénomène Metal, mais j’ai toujours conservé l’ambition de pouvoir l’explorer en y consacrant un travail universitaire digne de ce nom : une thèse. Dès 2008, j’ai commencé à chercher un directeur de recherche qui accepterait de m’accompagner sur ce sujet. Je l’ai trouvée en la personne de Mme Bianquis, anthropologue à l’Université de Tours. Depuis lors, je partage mon temps entre mes conférences et la rédaction de cette thèse. 
 
Corentin Charbonnier par BlackStage Photography - http://www.blackstage-photography.com - © Peggy Cremin
 
Quelles ont été les réactions académiques, face à ton projet de recherche ?
Elles ont été contrastées et parfois comiques ! Heureusement, mon sujet est apparu pertinent et digne d’intérêt à certains chercheurs et je dispose du soutien de mes collègues, à la fois au sein de mon département et à l’échelle nationale. Plusieurs sociologues/historiens et anthropologues français travaillent également sur le sujet. Je pense notamment à mon ami Nicolas Benard, auteur du « Metalorama » et d’une biographie d’OPETH (co-signée avec Robert Culat). Ainsi, les « Metal Studies » ont le mérite d’exister et de bénéficier enfin d’une certaine reconnaissance.
De mon côté, j’essaye de rendre mes travaux vivants et accessibles au plus grand nombre, même si j’espère avant tout que chaque métalleux pourra s’y retrouver. Au quotidien, le plus délicat pour moi reste de devoir expliquer aux étudiants dont on me confie une partie de la formation que mon sujet d’étude est « le Hellfest en tant que lieu de pèlerinage pour métalleux »… Néanmoins, mon cours sur les « danses » issues de la culture métal (mosh-pits, circle-pits, wall of death – photos à l’appui) remporte toujours son petit succès, aussi bien auprès de mes étudiants qu’auprès de mes collègues chercheurs…
 
Massive Circle Pit - EXODUS - Hellfest 2010

 


Parle-nous de tes goûts : quels sont tes styles de Metal ?
Comme je te l’ai dit, tout a commencé avec METALLICA. Comme beaucoup de fans, j’apprécie surtout tout ce qui est antérieur au Black Album… Revenir aux sources m’est apparu nécessaire, pour un bon parcours initiatique : BLACK SABBATH, la base.

Depuis, j’écoute un peu de tout, du Thrash, du Black, du Death, du Grind, des « Core »… Difficile de ne pas commencer une liste de groupes interminable… DARK TRANQUILLITY pour le Death mélodique, les Suédois de SHINING en Black. En Hardcore, j’ai récemment découvert RISE OF THE NORTHSTAR avec un plaisir énorme. Mes groupes préférés sont moins connus : HAGGARD, un groupe de Metal vraiment symphonique, qui se compose de plus de 10 musiciens ; et AVATAR, un groupe de Death suédois, très mélodique et particulièrement accessible. Sur la scène française, comment ne pas citer LOUDBLAST, dont j’attends le prochain album avec impatience, mais aussi les amis de DAGOBA (je travaille actuellement sur un article de socio qui leur est consacré…) et les angevins d’ARCANIA. Il faut aussi que je cite IN THE GUISE OF MEN, que j’ai découvert il y a deux mois et dont l’album est superbe, aussi bien musicalement que du point de vue du design. Je pourrais continuer encore longtemps, mais je vais m’arrêter avec trois groupes auxquels je suis lié : EIDON en Sympho, DRAKWALD en Pagan et… BEYOND THE STYX, une très jeune formation dont la présence scénique est tout simplement incroyable !

 

RISE OF THE NORTHSTAR - © Corentin Charbonnier

 

Effectivement, tu contribues activement à la scène Française, en faisant jouer des groupes chez toi, à Tours…
Je pars du principe que la musique est faite pour être partagée. Le Metal n’a de sens que dans un collectif : c’est tout l’esprit du Hellfest, qui déploie une énergie phénoménale pour rassasier ses différents publics, grâce à 6 scènes superbes. De mon côté, je dirige l’association Throne of Thanatos (dont le conseil d’administration regroupe des musiciens comme mon ami Simon, des bookers, etc.) qui organise des concerts, en autofinancement.
Après avoir exploré l’activité de journaliste à travers la radio (le nom « Throne of Thanatos » fait référence à l’émission de radio que j’animais à Angers depuis 2004) puis la photographie (live-reports en ligne et collaboration avec MetalObs’ entre 2010 et 2012), j’ai sollicité une licence d’agent artistique pour pouvoir encadrer DARKWALD et EIDON et j’ai commencé à booker des groupes. Récemment, je suis particulièrement fier d’avoir pu booker DAGOBA au M-FEST, en Touraine, chez moi ! C’était un véritable honneur de les accueillir.

Raconte-nous la plus récente « Night Of Thanatos »…
Depuis 2012, nous organisons effectivement une « Night of Thanatos », à la salle Gentiana, dans le nord de Tours. La première édition s’articulait autour de nos amis : EIDON, ANTHARIUM, DRAKWALD et surtout ARCANIA, que j’ai rencontrés pendant mes études à Angers : un programme assez éclectique avec du Sympho, du Black, du Pagan et du Thrash.
Mais cette année, nous avons souhaité nous diversifier encore avec LES CAVERNEUX (Death/Grind), BEYOND THE STYX (Deathcore), DRAKWALD encore (à l’occasion de la sortie de leur album « ResistFatality »), SO WHAT (nos amis thrashers de Nantes) et DANCEFLOOR DISASTER. Bilan : sold out dès 20h20… Une soirée phénoménale, ultra fatigante, mais über-amusante. Que des amis ou des coups de cœur sur scène, quoi… et que des groupes excellents, chacun dans son domaine. Nous pensons aussi que notre démarche contribue à la promotion de la scène locale. Avec le soutien du public, des webzines, des radios (notamment notre partenaire tourangeau historique Radio Béton, qui consacre des émissions entières à nos projets), et des photographes particulièrement talentueux (nous avons un partenariat exclusif avec « Blackstage Photography » pour 2013), nous espérons aller encore plus loin. Dès le 8 novembre, concert de ZUUL FX à Tours, avec BEYOND THE STYX en lever de rideau, mais aussi le jeune groupe KAETS (Châtellerault). On prépare un gros évènement Sympho, également. Avec une règle de conduite simple : la place ne doit en aucun cas dépasser 10 €.

 

SO WHAT - © Corentin Charbonnier

 


On partage le même coup de cœur pour DANCEFLOOR DISASTER. Que penses-tu de ce groupe ? Comment envisages-tu son avenir ?
Je vais te dire. Parmi les gens que je fréquente, ceux avec qui je travaille, personne ne se vante de supporter la musique de boîte de nuit…

Mais DANCEFLOOR DISASTER, c’est simplement excellent ! Je les avais découverts au Hellfest, il y a deux ans : une super énergie, une bonne humeur communicative, rien de mieux pour finir la soirée de l’année en pleine forme…
Pour moi, ils font aussi un lien entre le mainstream et le Metal. Peut-être permettront-ils aux métalleux de mieux supporter le mainstream et vice-versa (rires). Mais la question de leur avenir est incertaine. Ils ont le vent en poupe. Sur la scène, la présence de ce groupe est incomparable. Il y a clairement du potentiel. Reste le concept du groupe de reprises et la question de sa capacité à attirer un public sur le long terme. L’humour dans leur démarche est la marque de fabrique de la scène nantaise et je leur souhaite de continuer longtemps à s’amuser et à nous amuser !
 
DANCEFLOOR DISASTER - © Corentin Charbonnier

 


Je sais que ce n’est pas directement ton champ de recherche, mais comment perçois-tu l’économie de la scène Metal française dans un contexte plus général ?
C’est une question intéressante. De mon point de vue, vivre dans la musique Metal, c’est un grand rêve qui se réalise. Je vais essayer de rester objectif...

L’économie de la scène metal est difficile, à tous les niveaux. De manière générale, la musique rapporte moins qu’avant, c’est un fait, même sans rentrer dans les problématiques liées au téléchargement et à l’Hadopi. Dans le domaine du Metal, si l’on excepte quelques monstres internationaux (METALLICA, IRON MAIDEN, AC/DC, etc.), les ventes n’ont jamais été phénoménales. Vivre uniquement d’une production sonore est presque impossible dans le milieu du Metal, en France comme ailleurs.
Je ne pense donc pas me tromper en disant que c’est la diversification d’activités qui permet à la plupart des musiciens de vivre. La quasi-totalité des artistes de nos scènes a un métier ou donne des cours de musique… C’est vrai également pour les professions qui gravitent autour des musiciens : peu de photographes, par exemple, sont rémunérés pour couvrir un concert ou un festival. C’est la passion, la dévotion à cette culture à part entière, qui permet à la scène de fonctionner – sur un mode largement « underground ».

 

BEYOND THE STYX - © Corentin Charbonnier

 

Tu donnes une conférence le 22 octobre à l’université de Cergy-Pontoise. De quoi vas-tu parler ?
J’aurai l’occasion d’approfondir quelques points qu’on a évoqués ensemble. Le cœur de mon intervention portera sur les festivals de Metal en tant que créateurs de liens et de sens, d’occasions de rites de passage et en tant qu’objets de pèlerinage. Je m’attarderai sans doute sur les rituels qui lient l’individu au collectif et sur les représentations sociales liées au Metal : le look ; le débat Metal vs Media ; la religiosité (et non pas le « satanisme »). Je conclurai sur l’organisation largement underground de la scène, je te le disais, comme un hommage aux passionnés et aux bénévoles qui la font largement vivre, tout autant que les artistes.

Tous ces éléments constituent d’ailleurs la charpente de ma thèse (Approche anthropologique du Festival du Hellfest – un pèlerinage pour métalleux.), que je souhaite pouvoir soutenir dès le début de 2014 – avant, je l’espère, de pouvoir la publier !
 
Et pour finir, un peu comme à la télé, Corentin a tenu à passer un petit bonjour à ses proches et à ses parents, pour les remercier de leur soutien au long cours dans ses passionnantes recherches.

 

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1 Commentaire

05 jan. 2016 à 22:49:40
Olivier Garret

hello, meilleurs voeux metalliques, comment peux t-on se procurer cette thèse, en vous remerciant, un vieux lecteur de hard force papier


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